Vers une ubérisation du coaching ?

Vers une ubérisation  du coaching ?

Si l’on peut réserver un Uber en temps réel, pourquoi pas un coach ? En quelques swipes et à n’importe quel moment de la journée, des applications permettent désormais aux sportifs de géolocaliser les professionnels disponibles près de chez eux pour une séance individuelle ou collective à domicile et en extérieur. Focus sur 3 acteurs du secteur : Yogowo, TrainMe, Fiters.

Yogowo : le coaching 2.0 pour Paris et sa petite couronne

Automatiser la mise en relation coachs-clients : c’est l’objectif que se sont lancés Julien Ottaviani, Antoine Jeannin, Adrien Bourguignon et Ugo Legrand – anciens judokas – en créant Yogowo en 2016. Pour les quatre sportifs de haut niveau, le déclic s’est produit en pleine grève des taxis à l’arrière d’un Uber, lorsque Julien, coach sportif depuis dix ans, a reçu une énième annulation de dernière minute de la part d’un de ses clients. Planning trop chargé, réunions qui s’éternisent… Difficile parfois de planifier une séance à l’avance sans se heurter aux aléas du quotidien. Pour le coach, le manque à gagner est évident. Pourtant, Julien et ses amis en sont convaincus, tous ces désagréments pourraient être évités en digitalisant la mise en relation, ce qui permettrait de garantir instantanéité et flexibilité. C’est la naissance de Yogowo, contraction de « Yo Go Work Out » et inspiré du street workout américain.

   

Les quatre sportifs parmi lesquels se trouve un médaillé de bronze aux jeux Olympiques de Londres (2012), vice-champion du monde et champion d’Europe (Ugo Legrand), décident alors de renoncer à leurs carrières respectives et de partir à Los Angeles pour peaufiner leur projet.

Disponible sur l’App Store depuis le 12 septembre 2016 et sur iOS depuis le 4 juillet 2017 (bientôt disponible sur Android), l’application a été téléchargée 1 500 fois et comptent pour l’heure 200 utilisateurs actifs. « Nous sommes encore en phase d’amorçage, précise Julien Ottaviani. Au-delà du coaching pur et dur, Yogowo, c’est d’abord une équipe de passionnés qui veulent s’éclater et qui mettent l’humain au centre. L’exigence oui, mais de manière fun et ludique, et sans contraintes. » Lors du lancement de l’application dans les locaux de BPI France à Paris le 1er septembre 2016, les quatre amis ont reçu le soutien de leur ancien collègue de tatami neuf fois champion du monde de judo, Teddy Riner, ambassadeur de l’application. Une levée de fonds de 500 000 euros a été lancée afin de financer le déploiement du concept dans la capitale et sa petite couronne.

Yogowo, c’est une offre 100 % workout basée uniquement sur le poids du corps et déclinée en quatre types d’entraînements : endurance, circuit training, renforcement musculaire et postural. Une option « Meet » permet aux amateurs de sport de géolocaliser des partenaires sportifs près de chez eux et de s’entraîner gratuitement. L’option « Group » s’adresse aux adeptes de cours collectifs à raison de 9 euros par participants (quinze personnes maximum), et l’option « Boost » permet de suivre un cours particulier d’une heure pour 49 euros.

Pour le client, la démarche est simple : une fois son adresse rentrée, il réserve son cours en ligne avec un des coachs disponibles ainsi qu’une activité donnée. Puis, il renseigne ses objectifs et le lieu où il souhaite s’entraîner. Le coach arrive dans un délai d’une heure et demie. Running aux Buttes Chaumont, squats sur les marches du Sacré-Cœur, corde à sauter au parc Monceau… Pour l’heure, l’offre reste circonscrite à Paris et la petite couronne, mais devrait se développer également dans cinq villes de province (Lyon, Aix, Toulouse Bordeaux, Nice), ainsi qu’à Los Angeles où se sont installés deux des quatre judokas. La ville réunit à elle toute seule près de 20 000 coachs.

Avec un taux de pénétration des salles inférieur à 10 % en France, Yogowo entend capter les millions de Français qui rechignent à s’entraîner en salle, tout comme les déçus des clubs à la recherche d’un encadrement à la carte, loin des formules rigides d’abonnements à l’année. Spontanéité et souplesse donc, pour les passionnés tout comme pour les débutants.

Pour l’heure, quinze coachs ont choisi de rejoindre l’application : « On recrute des entraîneurs diplômés et on les forme un à un aux valeurs de l’équipe, explique Florian Monot, Head of digital. Nous recherchons des personnes souhaitant avant tout partager le plaisir du sport. Après un entretien qui nous permet de mieux cerner leur parcours, on fait passer deux séances de test aux candidats. S’ils sont retenus, ils rejoignent l’équipe Yogowo et travaillent en toute liberté en fonction de leurs disponibilités. De notre côté, nous prenons en charge tout l’aspect gestion, et la facturation est automatisée. »

Dématérialisation oui, deshumanisation non. Pour Julien, l’ancien coach sportif, tisser de véritables liens avec chaque professionnel est essentiel : « Je les connais tous personnellement », explique-t-il. Et d’ajouter : « Aucun de nos coachs n’est payé en dessous de 35 euros de l’heure. Nous prélevons 10 % de commission par séance. Pour les cours individuels à 49 euros, le coach Yogowo reçoit donc 43 euros. J’ai été longtemps dans le métier et je sais qu’il s’agit d’un tarif respectable. Nous n’exigeons aucun engagement. Essayer notre application ne présente donc aucun risque. Au contraire, c’est l’occasion de grandir en se frottant au gratin du sport de compétition. Notre taux de rétention client est de 100 %. »

Une application créée par des sportifs de haut niveau avec Teddy Riner comme tête d’affiche, un planning de coach mis à jour en temps réel et une offre 100 % workout, c’est l’empreinte Yogowo.

   

TrainMe : golf, yoga ou CrossFit en un clic dans toute la France

D’autres applications mobiles proposent elles aussi de simplifier le quotidien des coachs et des amateurs de sport. C’est le cas de TrainMe. Cette plate-forme communautaire de coaching sportif personnalisé a été créée en septembre 2015 par deux amis, Gatien Letartre, diplômé d’une école de commerce, et Anatole Saby, ingénieur en informatique. Après trois années consacrées au conseil et à la finance, Gatien découvre l’univers du sport américain aux États-Unis. Il comprend durant ce voyage qu’il est plus facile de réserver un appart chez un particulier à Lisbonne qu’une séance de coaching en France. De retour dans l’Hexagone, les deux amis passionnés de sport décident de se lancer ensemble dans l’aventure entrepreneuriale et de créer un réseau social permettant de trouver des partenaires sportifs via un site Internet puis une application dédiée. À la différence de Yogowo, l’équipe de TrainMe a choisi de démultiplier son offre : yoga, golf, tennis, running, compétition, reprise, découverte, future maman, Zumba, perte de poids, coaching nutrition, diététique, etc. Le sportif a donc l’embarras du choix. « Le fitness représente tout de même 70 % de notre activité, explique Gatien, cofondateur de TrainMe. 50 % de la demande de coaching est centrée sur la remise en forme, ajoute-t-il. TrainMe permet aux particuliers de pratiquer une activité de manière flexible et digitalisée. 80 % de nos clients n’avaient jamais eu accès à un coaching personnalisé avant l’application. Pour les professionnels, elle sert de vitrine et d’outil de gestion et permet de faciliter l’activité en optimisant la satisfaction client. Le coach se concentre essentiellement sur son activité. Nous gérons sa visibilité, la facturation, les déclarations, et l’accompagnons dans ses démarches juridiques d’autoentrepreneur, de services à la personne, etc. »

   

Les coachs souhaitant rejoindre l’équipe TrainMe remplissent un dossier en ligne comprenant leurs diplômes ainsi que leur parcours et sont ensuite contactés pour un entretien visant à valider leurs compétences. Aujourd’hui, l’application compte 600 coachs géolocalisables en temps réel à travers la France avec une forte présence en Île-de-France, à Lille, à Lyon et sur la Côte d’Azur.

« Nous sommes très satisfaits de notre évolution, reprend Gatien. Le nombre de cours et de clients augmente de 30 % chaque mois. En octobre 2015, on donnait trois coachings par mois. En septembre 2017, nous sommes à 700 séances mensuelles grâce, notamment, à l’introduction d’outils digitaux plus performants. De plus, chez TrainMe, les coachs choisissent eux-mêmes leurs tarifs en fonction de leur expérience et disposent d’une totale liberté. Certains sont partis de zéro et ont commencé leur activité grâce à nous. D’autres complètent une activité existante avec l’application », se félicite-t-il. La formule est sans engagement et les frais d’inscription sont gratuits.

En fonction des régions, une séance de coaching individuelle coûte en moyenne 40 euros et peut être partagée avec quatre personnes maximum. Le business model est le même que Yogowo, soit 10 % de commission sur chaque séance.

Les modalités d’entraînement sont aussi les mêmes, le client a carte blanche. 70 % d’entre eux optent pour une séance à domicile, 15 % s’entraînent en extérieur, et 15 % s’en remettent au choix du coach. Ce dernier se déplace avec le minimum de matériel et favorise le poids du corps.

TrainMe travaille également avec les entreprises et délivre des séances individuelles au tarif moyen, ou collectives à raison de dix personnes maximum à 80 euros HT.

Fiters : un coach en uniforme chez vous ou en établissement 5 étoiles

Un coach géolocalisable en un clic de 6 heures à 23 heures, chez vous, dans un parc ou dans un établissement 4 à 5 étoiles pour 40 euros… C’est le pitch de l’application Fiters. Grâce à un partenariat avec le Coq Sportif, les coachs sont tous munis d’un uniforme et se voient équipés d’un pack sportif avec matériels et équipements dès leur arrivée : T-shirt, hoodie, accessoires (ballon Pilates, élastique, etc.). Le pack comprend aussi une assurance professionnelle et juridique. Une manière pour les fondateurs d’attirer les meilleurs éléments. À la manœuvre, deux diplômés d’une école de commerce, Dieudonné Moukoué (CEO), spécialisé dans le commerce Internet et Antoine Matuwszeski (Managing director), spécialisé dans le marketing. Ensemble, ils lancent Fiters, une application « intuitive et accessible » lancée en mars 2017.

Au menu, des cours de 55 minutes comprenant une présentation, un échauffement de 5 minutes, 35 minutes de corps de séance, 5 minutes d’étirement suivis d’une clôture. Si le client manque d’espace et ne souhaite pas s’entraîner en plein air, Fiters a développé des partenariats avec de grands hôtels proposant des salles de sport. Les clients peuvent donc opter pour un cadre 4 et 5 étoiles.

Côté coach, le recrutement est plus exigeant que Yogowo et TrainMe. Le candidat envoie son dossier (diplômes, carte pro, Kbis ou numéro de TVA), ainsi qu’un numéro de non-condamnation. Il passe ensuite un examen écrit et un cas pratique, suit une formation et passe un entretien. Il doit ensuite réussir trois séances de test. Une fois acceptés, les candidats reçoivent le détail des prochaines séances : lieu, heure, identité et objectifs des utilisateurs, etc. Les séances sont annulables dans un délai de deux heures et un système de notation des coachs et des clients permet d’ajuster les prestations au fur et à mesure.

Une ubérisation du coaching ?

Si l’équipe de Yogowo a osé dans un premier temps la comparaison avec Uber en parlant d’un « Uber du coaching », elle préfère désormais parler de digitalisation. Difficile en effet d’ignorer le caractère sulfureux du terme. Même chose pour Gatien Letartre de TrainMe qui souligne que ses 600 coachs choisissent eux-mêmes leurs tarifs et qu’il n’est donc pas question pour son application de créer de la précarisation. Il est pourtant facile de faire le raccourci avec Uber à chaque fois que le digital vient bouleverser une économie traditionnelle.

Si ces applications de coaching riment avec innovation numérique et mise en réseau des consommateurs de manière quasi instantanée, elles n’ont pas grand-chose à voir avec la définition que le Petit Larousse donne pour la première fois au mot ubérisation après qu’il ait été utilisé par le P.-D.G. de Publicis, Maurice Lévy, en décembre 2014. Le dictionnaire 2017 la définit comme une « remise en cause du modèle économique d’une entreprise ou d’un secteur d’activité par l’arrivée d’un nouvel acteur proposant les mêmes services à des prix moindres ». Or, l’automatisation de la mise en relation entre coachs et sportifs rime surtout avec optimisation et personnalisation, non avec diminution des tarifs, au contraire. C’est l’occasion pour les coachs de gagner en visibilité et de développer leur activité. Cela peut même avoir l’effet inverse à « l’ubérisation » en permettant à de nouveaux coachs obligés jusqu’ici de « casser les prix » pour se démarquer, de bénéficier des avantages y compris tarifaires proposés par ces solutions digitales. Sans compter l’attractivité grandissante de ces applications qui épousent l’évolution des modes de consommation. Si le terme « ubérisation » dérange, il semblerait que la formule « Swipez, vous êtes bookés » remporte un franc succès.

À suivre…