Vieillissement cardiovasculaire et pratique sportive

Vieillissement cardiovasculaire et pratique sportive

Vieillir est notre avenir. Le vieillissement n’est pas une maladie, c’est un phénomène physiologique inéluctable qui induit une altération progressive des fonctions vitales. Dans le domaine de la pratique sportive et de son encadrement, les limitations qui en résultent doivent être connues et prises en compte. Aux effets primaires inéluctables du vieillissement qui n’épargnent personne se surajoutent les effets secondaires de l’environnement, du choix de mode de vie et d’éventuelles maladies.

L’exercice musculaire, un révélateur des effets du vieillissement

L’avancée en âge est responsable d’une baisse progressive des capacités d’adaptation de l’organisme aux contraintes qui lui sont imposées. Si chez un sujet en « bonne santé » les dysfonctionnements liés au vieillissement ne sont patents qu’après 65 ans, leurs méfaits fonctionnels s’installent à bas bruit bien avant. L’exercice musculaire, indispensable à toute vie sociale, est le banc d’essai impitoyable qui révèle ces baisses des capacités d’adaptation de l’organisme (tableau ci-dessous). D’ailleurs avec l’âge, l’appétence spontanée pour l’activité physique va décroissante. Associé aux sensations ressenties comme désagréables (essoufflement, fatigue), ce manque de motivation participe au cercle vicieux de l’inactivité physique et de la sédentarité classiquement observé chez les seniors.

Globalement, la baisse des capacités physiques est plus précoce et plus marquée que celle des capacités intellectuelles. Dès 30 ans, les fonctions respiratoires, cardiovasculaires, métaboliques, ostéo-articulaires et neuromusculaires squelettiques déclinent d’environ 2 % par an. Ceci retentit sur la capacité physique qui est le meilleur marqueur actuel d’espérance de vie, indépendamment des maladies associées, et qui en moyenne diminue de 50-60 % entre 20 et 70 ans dans la population générale. Cette baisse de la capacité physique est surtout due à l’altération des qualités aérobies, captage, transport et utilisation de l’oxygène (O2), de l’organisme. Ainsi la consommation maximale ou débit maximal d’O2 (VO2 max) qui atteint son apogée vers 18-20 ans reste relativement stable jusqu’à 30-35 ans. Au-delà et à niveau d’activité sportive constant, la diminution du VO2 max., qui est globalement assez linéaire, est en moyenne de 10 % par décennie (0,25–1 ml.min-1.kg-1 par an) avec une baisse plus nette, 20 % par décade, après 65-70 ans. Le patrimoine génétique, mais surtout le mode de vie et en particulier le niveau d’activité physique pratiqué expliquent pour une large part les variations interindividuelles importantes observées.

Baisse de la consommation maximale d’oxygène avec l’âge, qui est coupable ?

La consommation d’O2 dépend des qualités fonctionnelles et de régulation des systèmes ventilatoire et cardiovasculaire, de la capacité de diffusion de l’O2 dans le muscle et de son utilisation par les mitochondries. La diminution du VO2 max avec le vieillissement est multifactorielle.

Les altérations du système respiratoire qui apparaissent entre 20 et 30 ans regroupent une diminution des capacités de captation et de transfert de l’O2. Ainsi, une dilatation des conduits aériens avec séquestration d’air, une diminution de la surface pulmonaire d’échange des gaz, une baisse de la compliance de la cage thoracique et de la qualité aérobie des muscles respiratoires sont observées. Au total, si au repos grâce à une fréquence respiratoire accrue le débit ventilatoire du sujet âgé (10-15 l/min) est le même que chez le jeune, à l’effort un trouble du rapport ventilation/perfusion apparaît et le travail respiratoire augmente nettement (+ 30% à 60 ans). Ainsi, progressivement avec l’âge, la ventilation et son coût énergétique augmentent pour un niveau d’effort donné et la ventilation maximale diminue. L’entraînement physique a peu d’effet préventif net. Ceci explique le nombre d’essoufflements ressentis comme limitants par le sportif vétéran qui accepte toujours très mal cette explication physiopathologique peu réversible !

« On a l’âge de ses artères », dit-on… ceci souligne bien l’impact majeur des effets du vieillissement du système cardiovasculaire. Les fonctions du cœur s’altèrent avec une diminution de la réponse des cellules cardiaques à la stimulation sympathique. Ceci explique la classique baisse de la fréquence cardiaque maximale à l’effort et la moindre vitesse d’adaptation de ce paramètre per et post-effort. Surtout, la moindre réponse à l’adrénaline et à la noradrénaline explique la baisse des capacités de relaxation et de contraction du cœur. La diminution progressive des cellules cardiaques, remplacées par de la fibrose, qui participe aux troubles de relaxation et explique l’augmentation des troubles du rythme cardiaque observée à l’effort. Enfin, l’apport d’oxygène aux cellules cardiaques est limité par les plaques d’athérome qui obstruent progressivement les artères coronaires. Ici encore, c’est l’effort qui révèle ces altérations, alors que tout est normal au repos. Morphologiquement, le muscle cardiaque s’épaissit modérément surtout en réponse à l’augmentation de la rigidité artérielle. En effet, avec l’âge, la paroi des artères s’épaissit et leur capacité de vasodilatation diminue ce qui limite la finesse de distribution du sang aux organes lors d’un effort. Au total, au repos avec le vieillissement, le débit cardiaque reste stable sans élévation de la fréquence cardiaque alors que la pression artérielle systolique augmente sans modification de la pression artérielle diastolique. À l’effort par rapport au sujet jeune et à niveau d’entraînement égal, dès 35-40 ans, des différences sont observées. Avec l’âge, malgré une libération plus importante de catécholamines, la fréquence cardiaque s’élève moins vite et moins haut. La fréquence cardiaque maximale diminue en moyenne de 5 à 8 battements par décennie dans les deux sexes. La force de contraction du cœur aussi augmente moins et le débit cardiaque maximal diminue (5-20 % par décennie) ce qui participe à la baisse du VO2 max. La pression artérielle surtout systolique augmente plus pour le même niveau d’effort surtout lors d’un exercice musculaire statique. Surtout, la pression artérielle pulmonaire à l’effort augmente beaucoup plus à partir de 45-50 ans ce qui majore le travail du ventricule droit et participe à la sensation d’essoufflement de certains sujets (figure ci-dessous). L’entraînement régulier ralentit sans effacer les effets délétères surtout vasculaires de l’avancée en âge.

Quand devient-on âgé pour le sport ?

La barrière inférieure qui définit le sujet âgé est régulièrement reculée, et pour l’Organisation mondiale de la Santé, un sujet est senior après 60 ans et devient âgé après 75 ans. Vis-à-vis du sport, il faut préciser de quelle pratique l’on parle. À ce jour, les deux seuls traitements préventifs validés sur les effets du vieillissement sont la diététique restrictive et l’activité physique modérée et régulière. Ce mode de vie qui freine les méfaits du vieillissement et a des effets bénéfiques sur la santé en général ajoute de la qualité de vie aux années. Il faut donc toujours le recommander aux sujets âgés. Il faut être plus nuancé vis-à-vis de la pratique intensive sportive en particulier en compétition. Certaines performances comme le record de l’heure à vélo d’un centenaire ou le franchissement du mur des 3 heures au marathon par un septuagénaire qui sont très médiatisés ne doivent pas faire oublier que ces athlètes sont exceptionnels et que leurs exploits ne sont pas accessibles à tous. La plupart des fédérations sportives classent comme vétérans (le terme anglais de masters est plus valorisant) les pratiquants de plus de 40 ans. Les données physiologiques décrites précédemment et l’évolution des performances chiffrées qui baissent significativement et rapidement entre 40 et 50 ans valident la pertinence de ce choix. Les spécificités du sport pratiqué jouent aussi bien évidemment un rôle, les contraintes du golf étant moindres que celles du Marathon des Sables ou autre ultra-trail, épreuves de plus en plus courues par les vétérans.

Âge et accidents cardiovasculaires lors du sport

Les accidents cardiovasculaires graves, infarctus du myocarde et morts subites, liés à la pratique sportive sont heureusement très rares et bien moins fréquents que les lésions de l’appareil locomoteur. Malgré leur rareté, la problématique de ces accidents ne doit pas être occultée vu leur retentissement sur la population et la confusion possible avec les messages délivrés sur les bienfaits du « sport ». La survenue des accidents augmente cependant toujours avec l’âge. Ils concernent essentiellement le sportif de loisir masculin entre 45 et 50 ans. Ce pic relativement précoce s’explique surtout par la baisse du nombre de pratiquants avec l’avancée en âge. Rappelons que sur les 20 millions de participants annuels aux courses sur route aux USA, 54 % ont plus de 35 ans et 57 % sont des hommes. Les activités sportives les plus concernées sont classiquement la course à pied et le cyclisme. Concernant les sports réalisés en salle, une étude américaine du nord a regroupé 849 arrêts cardiaques avec une majorité d’hommes (79 %) et un âge moyen de 60 ans. Peu de données spécifiques aux clubs de fitness et centres de remises en forme sont accessibles. L’étude américaine rapporte 52 arrêts cardiaques sur les 167 structures étudiées soit 0,024 arrêt par an et 1 risque d’arrêt cardiaque tous les 42 ans par centre.

L’âge qui reste le facteur de risque d’athérosclérose coronaire principal est aussi impliqué dans la survenue de trouble du rythme cardiaque. Le risque majoré de l’effort sur la survenue de l’accident cardiovasculaire est expliqué par les contraintes mécaniques vasculaires et les perturbations neuro-hormonales et électrolytiques induites par l’effort. Intensité et durée de l’effort sont proposées comme les principaux facteurs favorisants la survenue des accidents.

Prévention des accidents cardiovasculaires chez le vétéran sportif

Bien que rares, beaucoup de ces accidents cardiovasculaires pourraient être prévenus par une attitude plus raisonnable du pratiquant vétéran. Après 55-60 ans, le sportif doit prendre conscience et accepter que malgré tous ses efforts, il ne puisse plus rééditer ses performances de 20 ans. Les idées de classement et de records doivent donc être oubliées. Mais leur faire entendre n’est pas le plus aisé ! En effet la pratique sportive est considérée à tort comme un facteur d’immunité contre ces accidents, rappelons que les études en faveur des bénéfices de la pratique sportive montrent une diminution et pas la disparition des accidents cardiaques. Il est ainsi frappant de noter que de 50 % des victimes d’accidents cardiaques liés au sport avaient eu des symptômes à l’effort négligés dans les trois semaines précédentes. Les sujets les plus à risque sont les hommes peu entraînés de 60 ans et plus. Il n’y a pas de sport réellement à risque, mais intensité et durée de l’effort semblent des critères importants. L’intensité doit être définie individuellement en se basant sur la sensation ressentie de difficulté et d’essoufflement. La reprise du sport doit toujours être progressive et espacée sur six à huit semaines (2-3 séances/semaine). Les règles de bonne pratique du sport sont téléchargeables sur le site du Club des cardiologues du sport (www.clubcardiosport.com), mais insistons sur la nécessité d’abstention de pratique sportive en cas de fièvre et/ou épisode « grippal » et sur l’absence de tabac dans les deux heures avant et après la pratique sportive. Le rôle de l’encadrant sportif pour relayer ces recommandations est essentiel dans la prévention des accidents cardiovasculaires liés au sport.

En conclusion

Le vieillissement est un phénomène physiologique qui s’accompagne d’une altération progressive des capacités d’adaptations à l’exercice musculaire en particulier intense. Ces modifications qui sont surtout nettes après 45-50 ans présentent de grandes variations interindividuelles. Les limitations des adaptations cardiovasculaires peuvent exceptionnellement favoriser la survenue d’accidents liés au sport intense chez le sujet âgé.

La pratique régulière d’une activité physique ou sportive modérée, associant endurance, renforcement musculaire et travail de l’équilibre, avec une alimentation équilibrée doit toujours être encouragée. Sans effacer les outrages de l’âge, ce mode de vie va retarder le moment de leur survenue et ralentir leurs effets fonctionnels. Ainsi diète raisonnable et activité physique adaptée aux capacités de chacun sont les deux garants d’une « vieillesse » de bonne qualité.