Réduire les facteurs favorisants les blessures pt.2 : Les facteurs extrinsèques

Réduire les facteurs favorisants les blessures pt.2 : Les facteurs extrinsèques

La blessure est souvent l’addition d’une série de facteurs individuels prédisposant avec des circonstances favorisantes. Les premiers correspondent aux facteurs intrinsèques et les seconds extrinsèques. Nous évoquons dans cette deuxième partie de l’article ; les facteurs extrinsèques liés à l’environnement du sportif..

LES FACTEURS EXTRINSÈQUES

Le type de sport

Certains sports sont plus pathogènes que d’autres. Les risques sont accrus dans les sports de combat ou les contacts et les collisions sont nombreux comme en rugby ou en lutte. Toutefois, même dans un sport individuel, certains types de blessure sont récurrents ; on peut citer par exemple le ski alpin, dans lequel on retrouve un taux important d’entorses du genou, comme le souligne Thibault Trameau, un des préparateurs physiques de l’équipe de France de ski: « sur 11 skieurs qui composent le groupe France aux Jeux olympiques de Sotchi en 2014, 10 avaient déjà subi une intervention chirurgicale suite à une rupture du ligament croisé antérieur dans leur carrière sportive. ». De plus un sport comme le CrossFit lui aussi peut s’avérer pathogène, d’ailleurs une étude menée en 2013 concluait que le taux de blessures dans cette discipline était similaire à celui des sports comme l’haltérophilie ou la force athlétique avec une incidence 10 pour 1000 heures d’entraînements.

Le contexte sportif (entraînement ou compétition)

Les blessures interviennent le plus souvent dans un contexte d’entraînement car le volume d’heures effectué est plus important qu’en compétition. Cependant Daniel Thiesen, responsable du laboratoire de recherche en Médecine du sport, dans un article de 2011*, explique que « le contexte de compétition (11-24 blessures/1000h) était largement plus à risque que les entraînements (4-7 blessures/1000h), dans certains cas de plus de 10 fois. »

Des conditions climatiques extrêmes et l’état du sol

Le froid favorise les blessures musculaires, la chaleur la déshydratation et la fatigue. En rugby par exemple, depuis quelques saisons, des « water-break » ont été instaurés au milieu de chaque mi- temps (au bout de 20 minutes) en cas de fortes chaleurs. Pour tous les sports de plein air, la météorologie a une influence sur l’état du terrain. Or, si celui-ci est dur, il favorise les tendinites, s’il est gras, il aggrave le risque d’entorse. La dureté du sol est ainsi considérée comme un facteur de risque de blessure important. Il en va de même pour l’état de la neige en ski, l’état de la route ajouté aux conditions météo en cyclisme, etc.

Le temps de pratique

Le temps de pratique est un facteur à prendre en compte car il a une incidence sur les blessures des sportifs. Dans les pratiques sportives à haute intensité, on constate que les blessures surviennent davantage en fin d’entraînement ou de compétition alors que les organismes sont fatigués et que la vigilance du sportif est amoindrie. Il faut aussi tenir compte de la durée, de l’enchainement des entraînements et des compétitions. En rugby, par exemple, on sait désormais, parce que des études l’ont montré, qu’un nombre de matches joués consécutivement supérieur à sept accroît le risque de blessure.

Le non-respect du règlement sportif

Il arrive que des blessures puissent être la conséquence d’une infraction au règlement. Désormais, un comportement violent ou allant à l’encontre de l’éthique sportive est immédiatement et plus sévèrement sanctionné dans tous les sports, individuels ou collectifs. Par exemple, en football, une étude de 2004, a révélé que le mécanisme le plus fréquent des traumatismes crâniens lors de duels de tête était le contact du coude avec la tête du joueur opposé. Depuis la coupe du monde de football de 2006 en Allemagne, une telle action est sanctionnée par un carton rouge. Suite à cette évolution du règlement (loi 12 de football partie jeu dangereux et déloyal), nous avons pu constater une nette diminution du nombre de traumatisme crânien lors des matchs. Cette stricte application du règlement sportif a donc des conséquences positives sur le nombre de blessures en compétition.

Des conditions matérielles inadaptées

Chaque discipline sportive exige l’utilisation de matériel qui doit être adapté aux besoins personnels du sportif. Les traumatismes sont ainsi, parfois, la conséquence d’inattentions ou d’erreurs commises dans le choix de ce matériel ou dans celui d’un revêtement.

Il peut s’agir tout simplement de chaussures mal adaptées (le port de crampons moulés à lames qui prédisposent aux entorses du genou en football ou en hockey sur gazon, par exemple), de chaussures simplement mal ajustées ou usées dans les sports de salle comme le handball ou les cours collectifs, d’un manche de raquette trop gros, d’une tension de cordage excessive en squash ou en tennis, mais aussi d’un mauvais réglage du vélo sur une séance de RPM.

Des programmes d’entraînement inadaptés

« Beaucoup de sportifs qui se blessent sont dans un état de fatigue inhabituelle, En raison d’un surentraînement, d’un manque de récupération ou de cycles d’entraînement mal conçus. Parfois, à l’inverse, l’entraînement peut être insuffisant. », écrit Olivier Boukpeti, Conseiller Technique dans un Dossier Technique Interne à la Fédération Française de Canoë- Kayak intitulé « la prévention des blessures et la guérison ». Dans ces cas-là, la responsabilité du groupe d’entraîneurs est engagée. C’est à eux de bien calibrer les efforts, d’articuler au mieux les contenus des séances et de programmer au plus juste les cycles d’entraînement en prenant en compte la récupération des sportifs. Le préparateur physique ou le coach sportif doivent être capables de bien mesurer et quantifier la charge et calibrer au mieux les contenus d’entraînements en utilisant des outils précis de suivi de l’état de fatigue et de forme de leurs sportifs.

Des choix d’entraîneur inappropriés…

… par rapport au risque de blessure, mais qui peuvent se justifier du point de vue sportif à l’échelle de l’équipe (et pas forcément à celle de l’individu). Par exemple, multiplier des séances de travail pour rattraper un retard en vue d’un objectif précis, quitte à ce que certains joueurs s’exposent à la blessure parce qu’ils sont fatigués ou usés. Ce peut être le cas notamment d’entraînement en opposition dans les sports collectifs. Parmi ces choix, on peut aussi retrouver la décision d’aligner des joueurs fatigués mais incontournables sur des matches à forts enjeux. Dans tous ces cas de figure, l’entraîneur en chef peut outrepasser les alertes du staff physique et médical pour les besoins « supérieurs » de l’équipe, mais c’est de sa responsabilité.

Des négligences dans le suivi médical

Parfois, le suivi médical des sportifs s’avère insuffisant. Bien des blessures surviennent consécutivement à une première blessure négligée ou mal soignée. Une contracture banale peut facilement amener une élongation ou même un claquage. Souvent, l’entraînement est repris trop tôt, avant la cicatrisation complète des lésions. Qui plus est, il est aussi évident que des déformations importantes de la colonne vertébrale (lordose, cyphose ou scoliose), des problèmes d’axe mécanique fémoro-tibiales (genou varum ou valgum) ou d’inégalité de longueur de jambes, des hyper-laxités (en particulier des hanches ou des épaules) exposent aux blessures. Il faut donc s’assurer de l’absence d’incompatibilité d’ordre médical avec la discipline pratiquée, d’où la nécessité d’un examen médical poussé et d’un suivi régulier. Sur ce dernier point, on est à cheval entre le facteur extrinsèque (le suivi médical) et le facteur intrinsèque (la nature d’un corps) vu dans la partie 1 de ce dossier intitulé « réduire les facteurs favorisants les blessures ».

Sources : D Theisen (2013), Les facteurs de risque : composantes extrinsèques et intrinsèques, in Prévention des troubles musculo-squelettiques chez le sportif

Un article rédigé par :
Benjamin Del Moral

Formation STAPS, 2 diplômes universitaires spécialisés, rugbyman semi-professionnel à l’ASM Clermont Auvergne puis au Paris université lub (PUC), préparateur physique/entraîneur au PUC, staff du Stade français Paris, préparateur physique au LOU rugby.