Clients runners : les vérités à partager

Clients runners : les vérités à partager

Analyse critique des pratiques en vogue pour mieux guider vos coureurs

En tant que coach, vous le savez mieux que quiconque : chaque saison apporte son lot de nouvelles promesses dans l’univers du running. Réseau social, podcast, marque de nutrition — tout le monde a son « secret de performance ». Votre rôle est précisément d’aider vos athlètes à faire le tri. Tour d’horizon de ce qui mérite attention, et de ce qui mérite prudence.

Le renforcement fonctionnel : arrêtez de le vendre comme un « à-côté »

Si vous n’avez pas encore intégré le travail fonctionnel au cœur de vos programmes pour vos clients adeptes du running, c’est le moment. Stabilité du tronc, équilibre mono-podal, mobilité de hanche… ces qualités ne sont pas un bonus, elles conditionnent la durabilité de vos clients sur le long terme. Les données convergent : un coureur qui travaille régulièrement sa chaîne fonctionnelle se blesse moins et maintient une économie de course plus efficace sur les distances longues et en trail. À vous de positionner ce bloc comme non négociable dans votre accompagnement, et non comme une option pour les jours de pluie.

Technologies connectées : alliées utiles, pas substituts

Vos clients arrivent en séance avec leurs données de montre, leurs scores de récupération, parfois même des plans générés par des applis calqués sur des protocoles de champions. C’est une réalité à intégrer plutôt qu’à ignorer. Ces outils peuvent effectivement structurer le travail de fond, identifier des tendances de surmenage ou objectiver la progression. Mais ils ont une limite claire : ils ne lisent pas la posture, ne perçoivent pas la fatigue psychologique, ne connaissent pas l’historique de blessure de votre client. C’est là que votre expertise devient irremplaçable.

Concernant les capteurs continus de glycémie, de plus en plus marketés vers les sportifs « optimiseurs » : les études restent peu concluantes pour les non-diabétiques, les mesures manquent de cohérence interindividuelle et le rapport coût-bénéfice est difficile à justifier. Avant qu’un client investisse dedans, orientez-le d’abord vers une alimentation simplement bien structurée autour de ses séances.

Nutrition : remettre les pendules à l’heure

Deux points méritent d’être abordés en coaching nutritionnel cette saison. D’abord, la réhabilitation des produits laitiers entiers : les travaux du chercheur Benoît Lamarche, ancien patineur de vitesse et professeur de nutrition à l’Institut sur la Nutrition et les Aliments Fonctionnels de l’Université Laval, ont montré qu’ils n’ont pas l’impact négatif sur le profil cardiovasculaire qu’on leur attribuait, et pourraient même favoriser le HDL (taux de cholestérol dans le sang). Pour un coureur sans intolérance ni contrainte calorique spécifique, fromage et yaourt entier s’intègrent parfaitement à une alimentation de performance.

Ensuite, sur la question des protéines post-effort : les aliments simples (œufs, yaourt grec, cottage cheese) restent les meilleurs vecteurs d’une récupération musculaire efficace. Les substituts enrichis et autres shakers ultra-formulés ne présentent pas d’avantage démontré pour la majorité de vos clients — et leur coût se justifie rarement.

Un mot également sur l‘hydratation, souvent réduite à « buvez assez » : lors d’efforts prolongés, l’eau seule ne suffit pas. Sodium et magnésium sont les électrolytes prioritaires à restituer pour maintenir la fonction musculaire et prévenir les crampes. Les eaux minérales bicarbonatées comme Hépar ou Quézac ont par ailleurs l’avantage de tamponner l’acidose lactique, améliorant la tolérance à l’effort sans aucun risque digestif — un conseil simple et souvent négligé.

Créatine : le retour d’un classique

La créatine est redevenue le sujet de tous les vestiaires. Sur le fond, la science est solide : associée à un travail de renforcement rigoureux, elle permet un gain de masse musculaire fonctionnelle mesurable, de l’ordre d’un kilogramme à un kilogramme et demi selon plusieurs méta-analyses. Pour les coureurs qui cherchent à renforcer leur masse musculaire de soutien sans alourdir leur profil aérobic, c’est une piste sérieuse. Précision importante à rappeler à vos clients : sans entraînement adapté, les effets sont quasi nuls. La créatine n’est pas une béquille, c’est un amplificateur.

Oméga-3 pour l’inflammation

Un apport régulier en oméga-3 (huile de colza, poissons gras 2x/semaine) réduit l’inflammation post-effort et accélère la récupération. Les études montrent une baisse des courbatures de 20-30% chez les athlètes endurants. Chez les coureurs, cela se traduit par une diminution des marqueurs inflammatoires comme la CRP et les cytokines, favorisant une reprise plus rapide des entraînements intenses. Privilégiez 1-2 g d’EPA+DHA par jour via l’alimentation ou un supplément purifié, sans dépasser pour éviter les effets anticoagulants chez les athlètes à risque. Intégrez-les naturellement : saumon, maquereau, noix ou graines de lin moulues pour une absorption optimale.

Mais attention, les compléments alimentaires ne sont pas des solutions miracles pour booster les performances des coureurs, mais de simples aides qui tirent leur efficacité d’une alimentation saine et variée. Leur impact réel — que ce soit pour les oméga-3, protéines ou BCAA — ne se manifeste qu’en complément d’un sommeil réparateur (7-9h/nuit), d’une hydratation optimale et d’une diète riche en aliments entiers. Priorisez toujours les bases : sans elles, ces produits risquent de n’apporter qu’un bénéfice marginal, voire placebo, tout en alourdissant inutilement le budget.

En résumé, les tendances de cette saison confirment ce que les bons coachs défendent depuis longtemps : le travail fonctionnel est fondamental, la technologie est un outil parmi d’autres, et la nutrition efficace n’est généralement pas la plus complexe. Votre valeur ajoutée, c’est précisément d’ancrer ces principes dans la réalité de chaque client — et de leur éviter de dépenser leur énergie (et leur budget) sur des effets de mode sans lendemain

Un article rédigé par :
Pierre-Jacques Datcharry

Directeur de publication. Professionnel du secteur depuis plus de 20 ans.