Le 8 mars dernier, en pleine Journée internationale des droits des femmes, une vidéo d’un coach sportif a enflammé les réseaux sociaux. On y voyait ce professionnel établir une typologie des femmes calquée sur les propriétés de l’eau — celles qui sont « chaudes », celles qui sont « fraîches », les « potables » et celles qui « font chier ». L’indignation a été immédiate. Quelques jours plus tard, une vidéo d’excuses était publiée sur son compte Instagram.
L’affaire est passée. La question qu’elle pose, elle, reste entière.
Une image, une réputation, un secteur
Un coach sportif n’est pas un individu lambda sur les réseaux sociaux. Il est titulaire d’une carte professionnelle, il encadre des personnes en situation de vulnérabilité physique ou émotionnelle, il représente une profession réglementée. Ce qu’il publie en ligne — même à titre personnel, même sur un compte privé — engage bien plus que lui seul.
Ce que cet épisode illustre, c’est la confusion encore très répandue entre espace privé et espace public numérique. Une vidéo Instagram n’est pas une conversation entre amis. C’est un contenu diffusé, partageable, archivable, et potentiellement viral. La frontière entre vie personnelle et image professionnelle n’existe plus dès lors qu’on s’expose publiquement — et un coach qui construit sa visibilité en ligne construit simultanément son image professionnelle, qu’il le veuille ou non.
La responsabilité va au-delà de l’excuse
Les excuses publiées ont clos la polémique médiatique. Elles ne réparent pas les clientes qui ont vu la vidéo, qui se sont senties visées, et qui ne reviendront peut-être pas. Elles ne réparent pas non plus la perception que les clients potentiels — hommes et femmes — ont pu former en quelques secondes sur la qualité du professionnel derrière le contenu.
La confiance client se construit sur des années. Elle se détruit en quelques heures. Et dans un secteur où la relation est au cœur de la prestation, une atteinte à la confiance est une atteinte directe au chiffre d’affaires.
Ce que ça implique concrètement
Ce n’est pas une question d’idéologie ou de sensibilité particulière. C’est une question de positionnement professionnel. Un coach qui encadre des femmes — et statistiquement, la majorité des coachs le font — ne peut pas se permettre de publier un contenu qui les rabaisse, même sous couvert d’humour. Pas parce que c’est interdit. Parce que c’est incompatible avec l’exercice d’un métier fondé sur la confiance, le respect et l’accompagnement.
La question à se poser avant chaque publication n’est pas « est-ce que ça va faire rire ? » mais « est-ce que je signerais ce contenu avec ma carte professionnelle ? »
Si la réponse est non, le contenu ne devrait pas exister.
