Les compléments alimentaires (CA)

Les compléments alimentaires (CA)

Vaste sujet que les compléments alimentaires, essayons toutefois d’y voir plus clair….

Historique et réglementation

Il faut remonter le temps de 3000 à 5000 ans, bien avant l’apparition du sport, pour aboutir à la source des premiers recours à diverses concoctions ou mixtures ; les Incas chiquaient un mélange de feuilles de coca et de chaux afin d’apaiser leur soif et leur faim, les Perses ajoutaient du fer dans leur vin pensant devenir plus forts au combat… Cependant, la naissance, « officielle » des CA date des années 1970. Ils arrivent en France dans les années 1980, et le 15 avril 1996, le 1er décret français voit le jour. Au sein de la Commission européenne (CE), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) est en charge de leur réglementation par la directive 2002/46/CE du Parlement européen et du Conseil du 10 juin 2002. Cette directive a pour but de garantir des CA sans danger, une liste de substances ainsi que leurs dosages quotidiens sont par ailleurs spécifiés afin d’éviter les effets délétères d’une consommation excessive en vitamines et en minéraux.

Définition

Difficile de s’y retrouver quand on ne fait pas partie de la profession, certes, mais une définition existe (voir encadré). Elle est un peu longue, mais elle est nécessaire à la bonne compréhension de l’identité d’un CA.

Notre société connaît depuis quelques années une recherche incessante de la performance poussant un grand nombre d’individus à recourir à divers procédés ou substances pour y parvenir. Aujourd’hui, il faut à la fois, répondre aux canons de la mode, être intelligent, sportif, sexuellement endurant et riche. Le marché des CA est censé apporter une solution à quasiment chacune de ces problématiques, c’est en tout cas ce que les marques prétendent. Comment interpréter ces pratiques, est-ce que le terme de dopage est approprié ? Bien sûr que non, celui-ci est une pratique interdite et ne s’adresse qu’à l’univers qui nous intéresse, en l’occurrence celui du sport. Loin de notre esprit, l’idée de croire que le sportif cherche à parfaire son bronzage ou sa chevelure, l’utilisation des CA est principalement à but de performance et de récupération.

« Denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique seuls ou combinés, commercialisés sous forme de doses, à savoir les formes de présentation telles que les gélules, les pastilles, les comprimés, les pilules et autres formes similaires, ainsi que les sachets de poudre, les ampoules de liquide, les flacons munis d’un compte-gouttes et les autres formes analogues de préparations liquides ou en poudre destinées à être prises en unités mesurées de faible quantité. »

Quelques chiffres

Les derniers chiffres publiés par le Syndicat national des compléments alimentaires (Synadiet) concernant leur consommation en France durant l’année 2016 montrent une progression de 5,3 % par rapport à l’année précédente portant le chiffre d’affaires à 1,62 milliard d’euros. À l’échelon mondial, cela représente 200 milliards de dollars.

La troisième étude individuelle nationale des consommations alimentaires (INCA 3), réalisée entre février 2015 et avril 2017, révèle également une augmentation de la consommation des CA aussi bien chez les enfants de 3 à 17 ans (11,5 à 13,6 %), que chez les adultes hommes (12,6 à 17 %) alors que la tendance chez les femmes est à la stabilité (26,5 à 26,3 %).

Liste des compléments alimentaires

Il existe quelques centaines de CA et, bien entendu, il sera difficile de les traiter tous. En conséquence, cette liste ne sera pas exhaustive, néanmoins les plus utilisés seront évoqués.

Au cours des prochains articles, l’examen des différentes familles de CA pointera le doigt sur leur composition, l’intérêt et le cadre d’une consommation, ainsi que les limites ou risques potentiels pour la santé du consommateur. Ainsi, acides aminés (BCAA, glutamine, arginine…), protéines (whey ou lactoserum, caséine…), créatine, coenzyme Q10, vitamines et minéraux, sans oublier les « fat-burners » (« brûleurs de graisse ») ou encore les stimulants (café, guarana, ginseng…) obtiendront une réponse à leurs questions.

Les règles de base

Toute consommation devrait être justifiée par une déficience ou une carence, identifiée précisément, par un professionnel. La consommation sans contrôle des apports spontanés n’a aucun intérêt et peut entraîner au mieux une inefficacité du ou des CA consommés, au pire des effets néfastes.

Une autre règle de base est de respecter la posologie précisée par votre professionnel de santé. En aucun cas, cette posologie ne devra être supérieure à la posologie maximale inscrite sur l’emballage par le fabricant. Cependant, une multitude de facteurs individuels, notamment, l’âge, le poids, l’état de santé, le degré de carence ou de déficience avérée, la dépense énergétique ou encore les objectifs du sportif en question, pourront la diminuer.

Il semble important de rappeler que l’effet dose-réponse n’est pas linéaire. En conséquence, une double dose n’est jamais deux fois plus efficace que la dose normale ! C’est malheureusement une pratique fréquente chez le sportif n’ayant pas été suffisamment bien conseillé lors de son achat. Dans de nombreux cas, un surdosage majore la probabilité de toxicité ! Une surconsommation de vitamine C par exemple aura un effet pro-oxydant. Si cet excès est rarement engendré par l’alimentation traditionnelle (fruits et légumes crus principalement), il peut rapidement être généré par une consommation inappropriée sous forme de CA.

De plus, certains micronutriments, vitamines et minéraux, possèdent des « limites de sécurité », c’est-à-dire des quantités maximales à ne pas dépasser sur le long terme. Si cette limite de sécurité est atteinte ou franchie sur le moyen à long terme, des répercussions importantes sur la santé du consommateur peuvent être constatées !

Conseils sur l’étiquetage et la traçabilité

Norme AFNOR NF V 94-001

Afin de vous orienter ou de pouvoir conseiller les pratiquants dans leurs achats de CA et autres denrées alimentaires destinées aux sportifs, il est important de se fier à quelques repères, pour s’assurer de l’innocuité de ces différents produits industriels. En ce sens, l’Association française de normalisation (AFNOR) a publié le 14 juin 2012 la norme NF V 94-001. Celle-ci permet de garantir un processus de fabrication de CA, exempt de toutes substances dopantes, inscrites sur la liste rouge de l’Agence mondiale antidopage (AMA). Si cette norme représente une avancée dans la protection du consommateur et l’encadrement de la production des CA, il faut tout de même relever quelques limites. En effet, cette norme ne concerne que les CA fabriqués en France ! De plus, elle est « auto-déclarative » ! C’est-à-dire que le fabricant déclare lui-même respecter le cahier des charges. Néanmoins, à ce jour il n’existe aucun contrôle a posteriori sur l’application de celui-ci. Ce sera très certainement la prochaine étape à franchir, mais dans l’attente, certains organismes indépendants, comme SPORT PROTECT, INFORMED-SPORT ou encore BSCG ont choisi de développer des labels antidopage, certifiant le respect des normes par le fabricant, afin de garantir leurs produits auprès des consommateurs. Dans le cas de SPORT PROTECT, le fabricant doit payer la mise en place d’un cahier des charges précis, remplissant tous les critères de la norme AFNOR, ainsi que des contrôles sur la production, et la mise sous-scellé d’échantillons en plusieurs lieux sécurisés distincts (dont au moins un lieu « neutre »). Dans l’hypothèse d’un contrôle antidopage positif, la marque incriminée ordonnera une nouvelle analyse des échantillons.

Il faut remarquer qu’un CA estampillé norme AFNOR et SPORT PROTECT ne garantit pas l’étendue du label à l’ensemble de la marque, celle-ci est libre quant au choix de ses produits à labelliser.

Certaines marques voyant la création de cette norme AFNOR et de ces labels indépendants ont réagi en créant leur propre « label antidopage ». Nous vous invitons donc à la plus grande prudence concernant ces labels ne répondant pas aux exigences de la Convention internationale de l’UNESCO.