Épaule : le syndrome d’accrochage

Épaule : le syndrome d’accrochage

Les blessures aux épaules sont fréquentes en musculation. Selon certaines études, la région lombaire est la première zone concernée, suivie de près par les épaules puis les genoux.

Dans un précédent article, nous avions étudié en détail la colonne lombaire et les lombalgies. Dans cet article, nous avons choisi de décrire les pathologies microtraumatiques de l’épaule, induites par la musculation.

L’épaule est une articulation très mobile donc instable. Par conséquent, ce sont les muscles de la coiffe des rotateurs qui assurent une stabilité active et un recentrage permanent. Ils sont parfois défaillants, surtout en cas de renforcement musculaire déséquilibré (travail excessif sur les muscles antérieurs de l’épaule au détriment des postérieurs, par exemple).

Les pathologies concernant l’épaule de l’athlète sont variées. Il peut s’agir une blessure accidentelle, que l’on rencontre généralement dans la pratique de l’haltérophilie lorsque le geste est mal contrôlé. Cependant, on observe plus souvent des lésions microtraumatiques liées à des gestes répétitifs. En effet, l’apparition de ces pathologies dépend de la quantité ET de la qualité de travail effectué. Parmi ces lésions microtraumatiques, la plus fréquente chez les sportifs pratiquant la musculation se nomme conflit sous-acromio-coracoïdien ou syndrome d’accrochage (impingement syndrome en anglais).

Rappel d’anatomie

L’épaule est un complexe formé par cinq articulations.

Trois sont de « vraies » articulations :

  • La scapulo-humérale : composée par la tête de l’humérus et la cavité glénoïde de la scapula. La tête de l’humérus est sphérique tandis que la cavité glénoïde de la scapula est très peu creusée donc la tête humérale est peu emboîtée et l’articulation est dite instable.
  • L’acromio-claviculaire : constituée par l’extrémité latérale de la clavicule reposant sur l’acromion (qui est l’extrémité latérale de l’épine de la scapula).
  • La sterno-costo-claviculaire : formée par l’extrémité antérieure de la première côte associée à l’extrémité médiale de la clavicule et la surface articulaire supéro-latérale du sternum.

Deux articulations sont dites « fausses » :

  • Scapulo-thoracique : c’est la scapula (ou omoplate) qui glisse sur la partie postérieure du thorax.
  • Espace sous-deltoïdien : c’est l’espace en forme de voûte créé par l’acromion, le ligament acromio-coracoïdien et le processus coracoïde. À l’intérieur de cette arche, une bourse séreuse nommée bourse sous-acromiale sépare le tendon du muscle supra-épineux de l’acromion.

L’épaule est donc très mobile grâce à la scapulo-humérale et à toutes ces petites articulations qui lui permettent une variété importante de mouvements.

Cette grande mobilité doit être contrôlée au niveau musculaire afin d’éviter des microfrottements de la tête à l’intérieur de l’articulation et au pire une luxation de l’épaule. Les frottements de la tête dans la glène de la scapula peuvent être responsables à terme d’une usure prématurée des tendons (tendinite) et du cartilage (arthrose). Le rôle de maintien est rempli par les muscles de la coiffe des rotateurs. En effet, ils sont très proches de l’articulation, leurs tendons sont adhérents à la capsule. C’est pourquoi leur rôle principal n’est pas seulement de faire une rotation du bras, mais de réaxer, à chaque seconde et au millimètre près, la tête humérale dans la cavité glénoïde de la scapula.

Les muscles de la coiffe des rotateurs sont au nombre de cinq :

  • Supra-épineux : participe à l’abduction (élévation latérale) avec le deltoïde et empêche l’ascension de la tête humérale.
  • Infra-épineux et petit rond : participent à la rotation externe d’épaule avec le faisceau postérieur du deltoïde et créent un rempart postérieur pour la tête humérale.
  • Subscapulaire : participe à la rotation interne de l’épaule avec le faisceau antérieur du deltoïde, le grand pectoral, le grand rond et le grand dorsal, et crée un rempart antérieur pour la tête humérale.
  • Le chef long du biceps brachial : participe à la flexion d’épaule avec le coraco-brachial, le faisceau antérieur du deltoïde et le faisceau supérieur du grand pectoral, et empêche l’ascension de la tête humérale.

Le conflit sous-acromio-coracoïdien ou syndrome d’accrochage

Lors de la réalisation de mouvements avec élévation de bras en rotation interne, comme les tirages verticaux à la barre (rowing vertical) ou les élévations latérales, le tubercule majeur (trochiter) qui est à la partie latérale de la tête humérale vient s’engager sous la voûte sous-acromio-coracoïdienne. La bourse sous-acromiale et le tendon du supra-épineux se retrouvent comprimés entre le tubercule de la tête humérale et la voûte acromiale.

La répétition de mouvements de ce genre pourra créer une inflammation qui touchera d’abord la bourse séreuse protectrice du tendon du supra-épineux (bursite sous-acromiale) pour finir par abîmer le tendon lui-même (tendinite), voire les autres muscles de la coiffe des rotateurs (infra-épineux et long biceps principalement).

(Source : Traumatologie du sport, CHANUSSOT J.C., DANOWSKI R.G., p. 3)

Les signes d’apparition de cette pathologie sont une douleur à la partie supérieure de l’épaule lors du mouvement d’élévation + rotation interne du bras. Fréquemment, la douleur est présente la nuit lors de l’appui sur l’épaule lésée. À terme, si aucun traitement n’est mis en place, la douleur sera présente au moindre mouvement de l’épaule et on observera une perte de mobilité en élévation avec parfois une diminution de force du bras et compensation par élévation du moignon de l’épaule (tendance à rapprocher l’épaule de l’oreille).

Le renforcement des deltoïdes avec répétitions d’élévations latérales du bras en rotation interne est donc favorisant dans ce genre de conflit. Cependant, lorsque ce mouvement est effectué en dessous de 80° d’élévation, c’est-à-dire en restant toujours en dessous de l’horizontale, les frottements sous la voûte acromiale sont limités.

D’autre part, les mouvements d’élévation au-delà de 120° ou le port de charge en élévation maximale lors d’exercices tels que les développés nuque, l’épaulé-jeté ou l’overhead squat provoquent une compression du tubercule majeur sous la voûte acromiale. En effet, le tubercule majeur vient se loger directement sous la voûte et la bourse séreuse sous-acromiale est le seul élément qui protège la région des frottements intenses générés par cette compression.

(Source : Guide des mouvements de musculation, DELAVIER F., p. 39)

Traitement

  • Repos sportif 1 à 3 semaines : arrêt des exercices qui provoquent la douleur, mais poursuite de l’entraînement général afin de ne pas perdre le foncier
  • Cryothérapie pluriquotidienne
  • Prise en charge masso-kinésithérapique ayant un intérêt antalgique et moteur :- Ultrasons, ondes de choc, massage transverse profond (sauf en cas de bursite)- Apprentissages moteurs :
    • Recentrage actif de la tête humérale : toujours garder le moignon de l’épaule le plus bas possible pour libérer l’espace sous la voûte acromiale
    • Correction du geste sportif : faire toutes les élévations en rotation externe d’épaule et ouverture de bras (par exemple mettre un poids circulaire autour du poignet au lieu de la prise classique de l’haltère), éviter les mouvements avec barre fixe et les mouvements contraints en position de rotation interne d’épaule

Pour résumer

Proscrire tous les mouvements de musculation qui déclenchent la douleur ou les adapter en positionnant le bras en rotation externe afin de dégager le tubercule majeur de la voûte acromiale (il passera derrière et non au-dessous). Limiter les exercices dynamiques au-dessus de 120° (développé nuque). Et de manière générale, éviter de faire toute une séance avec beaucoup d’exercices au-dessus de l’horizontale. L’article d’Emma Delahaye vous donnera des informations complémentaires précieuses afin d’adapter vos séances de coaching.

Bibliographie

  • Pathologie de la musculation en salle, Traumatologie sportive en pratique, Dr SOL G. et coll., 1997.
  • The most common type of sport injuries in personal trainers, SHAROUR N., ZAKANRH M., Conference: the 2014 Clute Institute International Academic Conference in health, At Orlando/Disney World – USA.
  • Injuries in strength training: review and practical application, BUTRAGUENO J., BENITO P. J., MAFFULLI N., 2014.
  • Traumatologie du sport, CHANUSSOT J.C., DANOWSKI R.G., 8e édition, 2012.
  • Guide des mouvements de musculation, DELAVIER F., 5e édition, 2010.