Pendant de très longues années, les deux courants se sont affrontés. L’un en pleine nature, et l’autre sur tapis de course ou sur piste, le seul efficace. En fait, les deux sont complémentaires.
À l’origine, l’entraînement empirique
Longtemps, les pionniers de la course se sont entraînés de façon plus ou moins empirique. Les premiers spécialistes se contentaient ainsi souvent de footing et d’exercices à l’allure qu’ils prévoyaient de tenir lors de leurs courses. On commençait à peine à entrevoir les débuts d’un entraînement en fractionné.
Révolution scandinave
C’est dans la première moitié du 20 e siècle que la première méthode d’entraînement systématisé fait son apparition.
La révolution naît en Finlande avec les frères Kolehmainen qui vont truster les compétitions internationales durant une longue période. Tout cela s’accompagne d’une réflexion autour de l’entraînement. En effet, ils sont les premiers à s’exercer quotidiennement et surtout à varier leur allure de course (longues marches, courses matinales, entrecoupées de sprint, kilomètres courus à haute intensité…).
Les bases du Fartlek sont jetées.
Néanmoins, c’est en Suède que la méthode est réellement définie où l’athlète, en pleine nature, joue avec le terrain, les sensations pour varier les allures. C’est l’emblématique coach Gösta Olander qui met en place cette méthode notamment autour du fameux site de Volodalen. Ses élèves établissent à cette époque une incroyable série de records du monde.
Gerschler et l’interval training
C’est presque à la même époque qu’un jeune entraîneur allemand Waldemar Gerschler va quant à lui systématiser le véritable interval training. Cette méthode consiste à enchaîner, sur une piste afin de mieux contrôler la vitesse et les distances, des intervals de différentes distances à une allure ciblée entrecoupés de pause de récupération. C’est un entraînement très ciblé et scientifique, ce qui est à l’opposé du Fartlek. L’idée est d’augmenter la capacité cardiaque et respiratoire. Cette méthode porte ses fruits quelques années plus tard en 1939, Harbig fait passer le record du monde du 800 m de 1’48’’4 à 1’46’’6. un gouffre. Son record tiendra seize ans.
Depuis, l’entraînement à haut niveau est marqué par la notion d’intervals. Le « fractionné » est né et restera la méthode quasiment incontournable.
Deux écoles
Après Olander et Gershler, les bases de l’entraînement moderne sont jetées. Chacune de ces méthodes aura ses adeptes et ses détracteurs.
Dans les années 1950 et 1960, notamment, la méthode « fractionné » est encore
plus popularisée et surtout poussée à bout par Emil Zátopek, la star de la discipline. Le coureur tchèque s’impose des répétitions qui vont jusqu’à 120 fois 400 m en alternant un tour rapide et un en trottinant, et ce, dans la même journée ! Ces séances lui font empiler un kilométrage monstrueux, il court parfois jusqu’à 1 000 km en 1 mois et la majorité sur piste ! Malgré toute cette fatigue accumulée, il enchaîne les succès olympiques. Aujourd’hui encore, certains modèles de performance sont calqués sur ces
méthodes.
Mais les partisans d’une méthode plus naturelle n’ont cependant pas disparu. Dans la décennie suivante, c’est même l’exemple suédois qui revient sur le devant de la scène.
La variété des parcours, des sols, la possibilité de varier les séances à l’infini et de travailler l’ensemble des qualités d’un coureur, la force, l’endurance, la vitesse dans un cadre naturel attire.
Un débat qui perdure
Cet antagonisme est longtemps resté dans les débats sur l’entraînement en course à pied.
Aujourd’hui encore, le fait de savoir si seul un entraînement très contrôlé est efficace ou s’il vaut mieux courir en nature en écoutant d’abord ses sensations reste discuté.
Cependant, les méthodes d’entraînement modernes ont plutôt tendance à faire la synthèse de ces deux modèles. La plupart des athlètes internationaux alternent ainsi aujourd’hui de longues sorties en nature et des entraînements de qualité sur piste.
Les séances de côtes, de seuil sur route ou sur sentiers sont également devenues communes.
Les outils comme les cardiofréquencemètres et autres téléphones connectés ont permis sans doute de contrôler les entraînements nature, apprendre à lire, interpréter, comprendre ses sensations à l’effort et ainsi écouter son corps pour progresser sans se blesser, ce qui reste LA priorité pour tout athlète.
Alors nature ou fractionné, bois ou piste, Fartlek ou intervals ?
À vous de choisir et de doser ces méthodes selon vos priorités et votre personnalité.
