L’après Covid-19, le sport au centre du jeu pour construire un nouveau modèle de société

L’après Covid-19, le sport au centre du jeu pour construire un nouveau modèle de société

Quelque 320 000 visiteurs auraient dû mi-mars se presser sur les stands des 200 exposants et plus d’une centaine d’animations du Salon Body Fitness de Paris. Mais la pandémie du Covid-19 a eu raison de cet événement et a conduit dans la foulée à une interdiction stricte de toutes manifestations et pratiques sportives organisées.

Aujourd’hui, la France et le monde entier traversent une crise sanitaire sans précédent qui ébranle notre société obligeant tous les acteurs du monde économique et sportif à se réinventer, dans un contexte d’incertitude.

La crise : une situation anxiogène et de nombreuses incertitudes

Avec son lot d’incertitudes, l’épidémie de Covid-19 nous fait vivre une situation très anxiogène. En effet, d’abord nous ne sommes pas sûrs de l’origine du virus : marché insalubre de Huanan à Wuhan ou un laboratoire de la ville, nous ne savons pas encore les mutations que subit ou pourra subir le virus au cours de sa propagation.

Nous ne savons pas quand l’épidémie régressera, et si le virus demeurera endémique. Le gouvernement a souhaité procéder, le 11 mai 2020, à un déconfinement progressif pour arrêter l’hémorragie économique qui paralyse le pays tout en cherchant à éviter un effet « boomerang » au niveau sanitaire. L’équation du déconfinement révèle plusieurs inconnues délicates à manier, en tout cas, nous ne devons pas sacrifier prévention et précaution pour retrouver coûte que coûte notre vie d’avant.

Qui plus est, nous ignorons complètement les conséquences politiques, économiques et sociétales à court et moyen terme. Aujourd’hui, la seule chose que nous savons à coup sûr, c’est que nous ne sortirons pas de la crise comme nous y sommes entrés.

Le confinement n’a pas que du mauvais

Pour lutter contre le coronavirus, nous avons été contraints de rester confinés, de restreindre nos sorties et de chambouler nos rythmes de vie. Le ralentissement de l’activité humaine a permis d’offrir une pause à notre planète et a eu vraisemblablement un impact positif sur l’environnement ; chute des émissions de CO2, baisse de la pollution sonore, présence des espèces animales dans les espaces laissés vacants.

Une vraie bouffée d’oxygène pour une biodiversité mise à mal. Pour les experts du climat, si ces effets ne sont que temporaires, ils ont toutefois le mérite de nous mettre en garde contre les excès liés à nos modes de vie. De plus, avec le confinement, nous avons dû nous adapter pour adopter une nouvelle façon d’organiser nos vies et notre travail. La crise a joué le rôle de catalyseur vers un monde encore plus numérique. Preuve à l’appui, 79 % des Français se sont mis à utiliser des outils qu’ils n’utilisaient peu ou jamais avant l’épidémie ; visioconférence, conversations à plusieurs ou partage de document…

Le télétravail a ainsi montré son efficacité permettant de renforcer la confiance et accroître la solidarité entre collaborateurs, mais aussi dans les relations et les liens entre patron-employé ou entreprise-client. Cette crise nous fait retrouver le sens des priorités, nous ramène à l’essentiel, nous montre qu’il est possible de travailler différemment.

À terme nos liens doivent en sortir renforcés. Cette période délicate est l’occasion de faire jaillir une solidarité inédite dans laquelle confiance, entraide et bienveillance sont les moteurs. Certaines initiatives (dons, aides aux salariés, adaptation de la production de masques ou de gel hydroalcoolique, transport, repas et hébergement pour les soignants…) montrent que l’on peut réussir le pari d’une économie plus locale, plus coopérative, plus inclusive, plus écologique, plus citoyenne, à haute valeur sanitaire, à la fois bonne pour notre santé et celle de notre planète.

Nous subissons tous, comme des millions de Français et la plupart des secteurs de l’économie, les conséquences d’une crise sans précédent. Il est illusoire de chercher à retrouver le monde d’avant le Covid-19. Il est temps d’écouter enfin les alertes maintes fois répétées, au sujet des bonnes pratiques pour une économie plus responsable et plus sensible aux principes du développement durable, qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus ignorer ou négliger.

La Covid-19 nous fixe à tous de nouveaux objectifs pour un meilleur monde

Comme le souligne le philosophe français Edgar Morin, « cette crise nous pousse à nous interroger sur notre mode de vie, nos vrais besoins, nos vraies aspirations masquées dans les aliénations de la vie quotidienne ». Cette crise est propice au changement à partir d’un questionnement profond sur nos modèles de production et de consommation.

La reprise de l’activité s’accompagnera nécessairement d’une réflexion sur nos missions économique et sociétale. Par l’invention de nouvelles offres et services portés par l’exigence des consommateurs à vivre mieux et à réinventer leur rapport au temps, à l’espace…

La Covid-19 nous fixe à tous de nouveaux objectifs : unité nationale, abandon des sectarismes, de la séparation des esprits, des intérêts particuliers, lutte contre les inégalités, audace dans la réflexion. Et s’il doit sortir quelque chose de positif de toute cette souffrance, c’est ceci : un espoir pour construire une société meilleure.

Le sport comme moyen pour amorcer un changement en profondeur

L’ensemble de la filière sport, c’est-à-dire le mouvement sportif (fédération, comité olympique…), le sport professionnel, les événements sportifs et l’industrie du sport (les marques, distributeurs, salles de sport…), souffre fortement en cette période de crise. Nous assistons à un recul de 10 milliards d’euros sur le premier semestre 2020.

Il existe un vrai danger d’avoir une crise à la fois économique et sociétale après une crise sanitaire. L’heure n’est pas au pessimisme, ni même à l’optimisme. Il est au pragmatisme, au réalisme et à l’action. Faisons ensemble de cette menace, une opportunité. Dans cette logique le sport doit être au centre du jeu dans l’après-crise ! Il faut réapprendre à mieux vivre ensemble au travers du sport.

Ce sport qui a la caractéristique d’être un lieu d’échange, de convivialité, de partage peut contribuer à repenser une société nouvelle, à réinventer des solidarités, à retisser des liens nouveaux. Le sport est également un facteur de bien-être, d’équilibre, d’estime de soi, d’épanouissement personnel. C’est pourquoi le sport doit devenir un enjeu de santé publique, d’éducation extrêmement fort, il a donc un rôle essentiel dans la mise en œuvre et la promotion d’une nouvelle organisation économique et sociale.

Le confinement a permis de prendre conscience du besoin vital de bouger. Beaucoup de gens se sont mis à faire du sport pendant la crise en respectant bien entendu les mesures des gestes barrière et de distanciation sociale. Cela permet d’aller mieux aussi bien dans son corps que dans sa tête pour surmonter cette épreuve. Et, ironie de la Covid-19 et de son confinement, c’est encore et toujours en restant chez soi que chacun peut démontrer son sens de l’effort, de la persévérance et du respect des règles ; encore des valeurs que nous transmet le sport pour combattre ce nouveau fléau.

 

Un article rédigé par :
Benjamin Del Moral

Formation STAPS, 2 diplômes universitaires spécialisés, rugbyman semi-professionnel à l’ASM Clermont Auvergne puis au Paris université lub (PUC), préparateur physique/entraîneur au PUC, staff du Stade français Paris, préparateur physique au LOU rugby.