Les lésions musculaires

Les lésions musculaires

Les pathologies musculaires sont très fréquentes en traumatologie du sport. Elles peuvent être bénignes ou imposer l’arrêt du sport pendant un temps varié en fonction de la gravité de la blessure.

Dans cet article, nous allons explorer toutes les lésions musculaires possibles et les traitements à mettre en place pour faciliter la récupération. Ces blessures sont classées en deux catégories : les pathologies musculaires sans lésion visible et avec lésion visible.

Légende :

1- Muscle vu en coupe : 1) myofibrille, 2) fibre musculaire, 3) faisceau de fibres, 4) cloison interfasciculaire, 5) aponévrose d’enveloppe

2- Déchirure stade 1 : lésion de myofibrilles

3- Déchirure stade 2 : déchirure de fibres musculaires (1), voire de faisceaux (2)

4- Déchirure stade 3 : rupture ou désinsertion

5- Contusion

6- Dilacération

Les pathologies musculaires sans lésion visible

Ce sont des atteintes du muscle qui récupèrent rapidement et sans séquelles. Elles sont constituées par les crampes, les contractures et les courbatures.

La crampe

C’est une contraction musculaire involontaire, brutale et intense. Elle est douloureuse et s’accompagne d’un déplacement incontrôlable du membre concerné. À la palpation, le muscle est dur et gonflé. La crampe peut céder rapidement, il suffit d’étirer doucement le muscle en question.

Il faut distinguer les crampes liées à l’effort qui apparaissent au cours de contractions musculaires longues et/ou prolongées, des crampes survenant la nuit sur un muscle au repos. Très souvent, les crampes nocturnes sont liées à une mauvaise hygiène de vie : mauvaise hydratation, apports alimentaires trop acides, mauvais sommeil.

La contracture

C’est un état de contraction inconsciente et permanente, localisée à un muscle ou l’un de ses faisceaux. Elle ne cède pas spontanément au repos. À la palpation, on ressent en général une zone dure et douloureuse en forme de noyau d’olive (voire plus gros). On appelle cette zone « point exquis » ou « point gâchette » (Trigger point). La guérison survient en général spontanément après 5 à 7 jours, en l’absence de lésions associées.

Il existe deux types de contractures : les contractures liées à la surutilisation d’un muscle au cours d’activités intenses localisées et les contractures de défense qui accompagnent une lésion ostéoligamentaire (elles peuvent s’assimiler à des spasmes musculaires en réponse à une stimulation douloureuse).

La courbature

C’est une douleur musculaire diffuse, pouvant intéresser plusieurs groupes musculaires, survenant environ 24 à 48 heures après un effort intense et cédant spontanément en 3 à 7 jours. Les courbatures seraient la conséquence de lésions des myofibrilles et/ou du tissu conjonctif de soutien. Le muscle est globalement induré et douloureux à la palpation, à la mobilisation et à l’étirement.

Traitement

Le traitement de ces lésions musculaires bénignes vise essentiellement à favoriser le drainage musculaire et la récupération.

Les techniques à mettre en place :

  • Massages : pétrissages, automassages à l’aide d’une balle, d’un ballon ou d’un bâton
  • Techniques à visées circulatoires : vêtements de compression, mise en déclive nocturne (surélever les pieds du lit)
  • Thermothérapie : application 3 à 6 fois par jour de pommades chauffantes, application de « hot packs », bain chaud
  • Techniques favorisant le métabolisme musculaire : faire des exercices variés sans résistance, à rythme lent, de faible intensité, mais de longue durée (stretching contrôlé, natation douce/aquagym), stimulation électrique antalgique (type Compex)
  • Hydratation (2 litres d’eau par jour minimum) et sommeil de qualité

Les pathologies musculaires avec lésion visible

Elles comprennent les déchirures, désinsertions, contusions et dilacérations.

La déchirure

Stade 1 (élongation) : ce sont des microdéchirures des myofibrilles sur une partie des fibres musculaires, en réponse à une sollicitation excessive du muscle à la limite de ses possibilités viscoélastiques.

Stade 2 (déchirure proprement dite) : c’est une déchirure vraie de fibres musculaires voire de faisceaux, en réponse à une contraction et/ou un étirement trop intense. La désinsertion partielle correspond à une déchirure stade 2 située à une l’une des extrémités du muscle.

Stade 3 (rupture) : déchirure totale du muscle (tous les faisceaux du corps musculaire) en réponse à une contraction et/ou un étirement dépassant fortement la résistance du tissu musculaire. La désinsertion totale correspond à une déchirure stade 3, c’est l’arrachement de la zone aponévrotique d’insertion du muscle sur l’os (ce n’est pas toujours un tendon qui relie le muscle à l’os).

La contusion

C’est le résultat d’un choc porté directement sur le muscle (une « béquille » par exemple). Elle s’accompagne d’une sidération transitoire du muscle et d’une atteinte anatomique variable en fonction de l’intensité du choc.

La dilacération

C’est le résultat d’une agression externe par un objet pointu s’accompagnant d’une dégradation cutanée et de lésions musculaires variables (déchirures stade 1 à 3).

Ces lésions sont toujours suivies par l’apparition d’un hématome : c’est un épanchement de sang diffus ou collecté au sein du muscle. En effet, la déchirure, la contusion et la dilacération provoquent une destruction et donc un saignement des fibres musculaires.

Les symptômes de la déchirure

Détaillons plus précisément la déchirure, c’est une des pathologies musculaires que l’on rencontre fréquemment.

Stade 1 : la douleur est diffuse et modérée. À chaud, elle autorise la poursuite du sport, mais à froid elle augmente et oblige à s’arrêter. L’étirement musculaire est douloureux, on perçoit une légère diminution de la force et il existe un point douloureux diffus à la palpation. L’évolution se fait vers une guérison spontanée après 5 à 10 jours.

Stade 2 : la douleur est vive et brutale, localisée à un muscle, elle oblige l’arrêt immédiat du sport, mais la marche est possible avec boiterie. On observe l’apparition d’un hématome modéré. L’étirement musculaire devient très douloureux avec une diminution de mobilité, une diminution de force importante et il existe un point douloureux localisé à la palpation. La durée de la guérison évolue de 21 à 30 jours.

Stade 3 : la douleur est très violente, étendue à tout le membre, elle oblige l’arrêt immédiat du sport et la marche est impossible sans aide. Un hématome étendu peut apparaître. L’étirement est impossible, le secteur de mobilité est très réduit et la douleur est présente au moindre contact sur le muscle lésé. On peut observer l’apparition d’une encoche (et une sensation de marche d’escalier à la palpation) qui témoigne de la rupture totale. La guérison s’effectue dans les 45 à 60 jours si le traitement est bien conduit.

Le traitement de la déchirure

Stade 1 : le traitement est identique aux pathologies sans lésion visible, mais…

  • ATTENTION, il faut éviter toute technique favorisant le saignement :
    • Ne pas poursuivre l’activité physique malgré les douleurs
    • Ne pas faire de massages pendant les 5 premiers jours
    • Ne pas appliquer des « hot packs », mais des « cold packs » pendant les 5 premiers jours
  • La reprise du sport se fait après 15 jours

Stade 2 :

  • Repos sportif
  • Cryothérapie pluriquotidienne (application de « cold packs » 4 à 6 fois par jour)
  • Vêtements de compression, déclive nocturne
  • Contention à l’aide d’un strapping pour soulager les tensions imposées au muscle, mais permettre la fonction
  • Pas d’immobilisation, mais marche avec 2 cannes anglaises pendant 10 jours
  • Mise en place d’étirements progressifs à partir de J10
  • Maintien d’un travail musculaire actif à partir de J10, d’abord sans résistance puis récupération progressive de la force normale
  • La reprise du sport peut se faire à partir du 45e jour

Stade 3 :

  • Une déchirure de stade 3 nécessite un traitement chirurgical afin de suturer le muscle rompu, puis une prise en charge kinésithérapique bien menée
  • La reprise du sport se fera dans les 6 mois après l’accident

À retenir:

• Il ne faut pas masser sur un hématome -> il y a un risque de calcification du sang contenu dans l’hématome

• Il ne faut pas mettre du chaud sur une zone qui saigne -> cela provoque une vasodilatation qui majore le saignement

• Il faut mettre du froid sur une zone qui saigne ou qui est inflammatoire (chaude)

• Il faut mettre du chaud sur une zone congestionnée (contracture, crampe, courbature)

Références

  • CHANUSSOT J-C, DANOWSKI R-G, Rééducation en traumatologie du sport, tome 1, 2005
  • Manolova A, Effets des vêtements de compression sur la récupération après une séance de musculation, 19 novembre 2013, www.sci-sport.com