Ils sont de plus en plus nombreux à pousser la porte de la salle avec un stylo injectable dans la poche. Ozempic, Wegovy, Mounjaro… Les médicaments GLP-1 sont entrés dans le quotidien de vos clients. Et si vous n’adaptez pas votre approche, vous passez à côté d’un enjeu majeur pour leur santé — et pour votre crédibilité.
C’est quoi exactement, un GLP-1 ?
Le GLP-1 (glucagon-like peptide-1) est une hormone intestinale naturelle qui régule la satiété et la glycémie. Les médicaments qui imitent cette hormone — le sémaglutide (Ozempic, Wegovy), le tirzépatide (Mounjaro) — ont été conçus à l’origine pour traiter le diabète de type 2. Mais leur effet spectaculaire sur la perte de poids — 10 à 15 % du poids initial en moyenne sur 68 semaines dans les études cliniques — en a fait les médicaments les plus médiatisés de la décennie.
En France, la réglementation s’est durcie : depuis le 1er février 2025, les prescriptions d’Ozempic, Victoza et Trulicity sont soumises à un formulaire d’accompagnement obligatoire pour être remboursées, afin de lutter contre les détournements d’usage. Mais le phénomène est là, et il touche désormais les salles de sport.
Le problème que personne ne vous dit
Ce que les patients voient : une perte de poids rapide. Ce que la science documente : environ 40 % du poids perdu sous GLP-1 peut être de la masse musculaire, selon des données présentées à l’ENDO 2025, avec un risque majoré chez les femmes, les personnes âgées et les patients à faibles apports protéiques.
Dans un sondage auprès de membres de Sermo, la majorité des médecins ont déclaré observer des signes de perte musculaire fréquemment (22 %) ou occasionnellement (41 %) chez leurs patients sous GLP-1.
Concrètement pour le coach : un client qui perd 15 kg sous Ozempic peut avoir perdu 5 à 6 kg de muscle. Son métabolisme de base s’en trouve diminué, sa capacité à produire de l’effort réduite, et son risque de rebond à l’arrêt du traitement fortement augmenté. Après arrêt du sémaglutide, une étude NEJM 2022 sur 803 patients montrait une reprise pondérale moyenne de +11,6 kg en 12 mois — soit 72 % du poids perdu — la cause principale étant la masse musculaire détruite pendant le traitement.
À cela s’ajoutent d’autres signaux d’alerte à connaître : deux études présentées à l’AAOS 2026 ont mis en évidence un risque accru de ruptures tendineuses et d’ostéoporose chez les patients sous GLP-1.
Ce que ça change dans votre salle
Un client sous GLP-1 n’est pas un client ordinaire. Il mange beaucoup moins, il est souvent fatigué, son rapport à l’effort est modifié. Il peut avoir des nausées, une digestion ralentie, une récupération altérée. Et il ne vous le dit pas forcément spontanément.
La priorité absolue : le renforcement musculaire. Un protocole de 3 séances hebdomadaires de renforcement musculaire associé au sémaglutide réduit la perte de masse musculaire de 50 à 60 % comparé au traitement seul, selon des données préliminaires 2024-2025.
L’entraînement de résistance — musculation, poids libres, machines, bandes élastiques — est le plus efficace pour stimuler la synthèse protéique musculaire. L’exercice aérobie reste utile pour la santé cardiovasculaire, mais ne suffit pas seul pour préserver le muscle.
En pratique, la progression doit être prudente : commencer par 30 à 45 minutes de marche ou de vélo les deux premiers mois, introduire la musculation légère à partir du troisième mois, puis augmenter progressivement l’intensité — sans jamais dépasser 10 % d’augmentation du volume par semaine.
Sur le plan nutritionnel — sans se substituer à un diététicien — il est utile de savoir que la recommandation générale pour les patients sous GLP-1 est de consommer au minimum 1,2 à 1,5 g de protéines par kilogramme de poids idéal par jour. Un levier simple à mentionner à votre client pour qu’il en parle avec son médecin ou son nutritionniste.
Votre posture : ni juge, ni médecin
La question se pose forcément : faut-il prendre position sur ces traitements ? La réponse est non. Ce n’est pas votre rôle, et ce n’est pas ce que votre client attend de vous. Ce qu’il attend, c’est d’être accompagné intelligemment, quel que soit son parcours médical.
En revanche, votre rôle est clair : identifier le profil, adapter la programmation, surveiller les signaux de fatigue et de surcharge, orienter vers un professionnel de santé si nécessaire. La musculation et le suivi nutritionnel sont les deux piliers de la préservation musculaire sous GLP-1 — et ils se renforcent mutuellement. C’est exactement là que vous intervenez.
Une opportunité pour les coachs qui se forment
Les médecins prescripteurs vont se mettre à chercher des salles et des coachs compétents pour accueillir leurs patients GLP-1, avec des protocoles adaptés et une capacité à communiquer avec les équipes médicales. Ce n’est pas une menace pour votre métier. C’est une nouvelle porte qui s’ouvre — pour ceux qui auront pris la peine de comprendre le sujet.
Le coach qui sait accompagner un patient sous GLP-1 n’est plus seulement un professionnel du fitness. Il devient un maillon de la chaîne de santé. Et ça, aucune application ne peut le faire à votre place
Sources : ENDO 2025 (Melanie Haines, Harvard Medical School), NEJM 2022, AAOS 2026, Annals of Internal Medicine 2026, Vidal.fr, HAS, fitnessmith.fr
