Quand il s’agit de perte de poids, nous n’avons pas toutes les réponses !

Quand il s’agit de perte de poids, nous n’avons pas toutes les réponses !

De plus en plus de professionnels de la remise en forme à toutes les étapes de leur carrière demandent à être formés dans le domaine de la nutrition, alors même que ce champ n’est plus à même d’apporter les réponses à la prise de poids. Ce problème de santé publique, souvent vécu de manière souffrante par les individus en cherche de solutions à leur surpoids, renvoie en effet à d’autres éléments, psychologiques et physiologiques, souvent éloignés de l’alimentation.

Poids idéal, surpoids, obésité : le contexte

Si l’être humain écoutait ses besoins vitaux, il boirait et mangerait ce dont il a besoin, et maintiendrait alors toute sa vie, et de façon pérenne, un poids de bonne santé. Or notre environnement fait que femmes et hommes grossissent, s’épaississent de plus en plus et sans les moyens pour remédier à cette progression. L’étude Esteban (2017) montre que même si les chiffres du surpoids et de l’obésité stagnent depuis quelques années, 54 % des hommes 44 % des femmes sont trop gros : leur IMC (indice de masse corporelle) se situe entre 25 et 30. Quant à l’obésité, elle toucherait 17 % des adultes avec un IMC supérieur à 30.

Beaucoup de facteurs exogènes sont connus : le monde professionnel devenu très sédentaire et des modes de vie et de loisir où le mouvement quotidien est insuffisant, l’accès facile et peu cher à la « malbouffe », la présence de sucres bien trop importante dans bon nombre d’aliments transformés, etc. Face à ces évidences, les conseils à donner à nos clients semblent couler de source. Il faut les encourager à manger mieux, plus équilibré, plus naturellement, avec plus de fruits et de légumes et moins de produits transformés. Il faut les inviter à bouger davantage, au moins 30 minutes par jour. Aider nos clients à perdre du poids se résume souvent à mettre en pratique une équation simple : faire en sorte que l’apport calorique journalier soit inférieur au nombre de calories dépensées au quotidien. Facile, a priori !

La recherche permanente de la recette miracle

Face aux difficultés que de tels changements impliquent en réalité dans la vie quotidienne de nos clients, ils sont nombreux à solliciter notre avis sur les produits miracles du marché de la nutrition et de la forme. Sans doute avez-vous dû répondre régulièrement aux questions des adhérents du club où vous travaillez sur l’efficacité de « la diète truc » ou « du brûleur machin », vantés dans les médias et autres réseaux sociaux comme le moyen facile de perdre son ventre ou sa cellulite.

Nous n’avons pas besoin d’être titulaires d’un BTS en nutrition pour répondre à ce genre de question ! Nous devons toujours dire à nos clients que les produits révolutionnaires tels que H… ou le régime D… font d’abord maigrir le porte-monnaie de ceux et celles qui les achètent, pour aller grossir celui de ceux et celles qui les vendent ! Ils font maigrir, certes, mais jamais de façon durable. Les consommateurs reprennent vite les kilos perdus et en prennent encore quelques-uns en prime. Notre devoir en tant que coachs est de rappeler que seule une hygiène de vie régulière et équilibrée, alliant plaisir, santé et mouvements bien pensés, assure la garantie de la victoire sur les kilos superflus, c’est-à-dire à long terme, pour le bien-être et la santé de tous.

La problématique de la perte de poids et les troubles du comportement alimentaire

La problématique de la perte de poids n’est pas si simple, et les facteurs émotionnels jouent un rôle déterminant.

Le corps humain sait très bien exprimer la faim physiologique. Quand on a faim, l’estomac gronde, la tête tourne légèrement, le niveau d’énergie baisse et on devient souvent irritable. C’est l’indicateur corporel de la nécessité de redonner du carburant à l’organisme pour qu’il puisse fonctionner. Lorsqu’on répond à ces symptômes, manger ne fait pas que supprimer la faim, mais procure aussi en retour un réel plaisir, un profond bien-être. Lorsque l’estomac a reçu une quantité de nourriture suffisante, le cerveau envoie un signal de satiété qui fait que l’on cesse la prise d’aliments. A priori, rien de plus logique. Mais ces deux sensations, de faim et de satiété, semblent ne plus être entendues chez bon nombre d’individus.

Lorsque la faim physiologique ne domine plus le comportement alimentaire, on parle alors de trouble du comportement alimentaire.

Selon le Centre de soins et d’accompagnement des troubles du comportement alimentaire, 20 % des adultes souffriraient aujourd’hui de troubles du comportement alimentaire (TCA). Notez tout de même que cette donnée est très difficile à mesurer, car les chiffres ne font état que des pathologies avérées (anorexie, boulimie) et des déclarations des personnes qui souhaitent se faire aider. Cependant, selon les estimations des associations française et québécoise, les chiffres seraient bien plus alarmistes, et on estimerait à 70 % le nombre de femmes entre 15 et 55 ans souffrant de TCA, et environ 30 % des hommes de la même tranche d’âge.

Le premier trouble du comportement alimentaire peut être identifié via la faim psychologique : elle n’a rien à voir ni avec le dernier repas ni avec les quantités caloriques ingérées, et encore moins avec les besoins du corps en énergie. Elle exprime la plupart du temps un malaise, une angoisse, provoqués par un ensemble de situations et d’émotions parmi lesquels la colère, la frustration, l’insatisfaction, l’inhibition, le fait d’être mal dans sa peau, la culpabilité, ou les échecs à répétition. Cette faim en général est brutale, compulsive, elle mène la personne qui en est victime à ingérer toute sorte de nourriture, souvent en assez grande quantité, et à ressentir ensuite de la honte et de la culpabilité. Cette tendance, fréquente, renvoie l’individu à la nécessité de la satisfaction orale immédiate, qui rappelle celle de la petite enfance, et du rapport affectif à la nourriture (la mère le plus souvent). Pour faire simple, ce processus a pour but de calmer les émotions négatives ressenties par l’individu en provoquant la satisfaction orale, le bien-être, et le plaisir immédiat qu’apportent la nourriture et le fait de « se remplir ».

Poussé à l’extrême, ce comportement pathologique devient de l’hyperphagie (binge eating disorder) : les personnes ne peuvent s’empêcher de consommer de grandes quantités de nourriture, mais contrairement à la boulimie, n’ont pas de comportement compensatoire, comme le fait de se faire vomir par exemple. Notez que 70 % des obésités seraient liées à des hyperphagies.

Pas besoin d’avoir suivi des études de psychologies pour comprendre qu’on ne résout pas un dysfonctionnement alimentaire de cet ordre, en renvoyant la personne avec une liste d’aliments autorisés ou interdits !

L’hyperphagie est un trouble du comportement alimentaire consistant en une ingestion excessive de nourriture sans comportements compensatoires (vomissement, laxatifs, hyperactivité sportive…).

L’orthorexie : un autre trouble du comportement alimentaire de plus en plus fréquent dans les salles de sport.

Ce TCA un peu moins connu désigne les personnes qui ont une obsession permanente à manger sainement. Cette pathologie conduit les individus qui en souffrent à s’éloigner de plus en plus des autres, y compris de leurs proches, ces derniers mangeant « salement ». La personne orthorexique consacre plusieurs heures par jour à la préparation de ses repas et est en constante recherche de l’alimentation idéale. Elle s’impose des règles extrêmement strictes pour ne pas consommer d’aliments gras, sucrés, et contenant des additifs et aux substances chimiques. Même si cette pathologie est bien moins néfaste pour la santé que l’hyperphagie, l’anorexie ou la boulimie, elle peut provoquer des carences, et peut surtout couper peu à peu les personnes concernées de toute relation sociale. L’obsession peut engendrer également de la culpabilité : il s’agit d’une restriction cognitive qui implique une restriction corporelle. La personne est alors coupée des sensations normales du corps, et en particulier celle du plaisir. L’obsession peut provoquer des angoisses et stress. Il faut alors aider ces personnes à ne plus souffrir.

L’orthorexie est un trouble du comportement alimentaire qui consiste en une obsession de l’alimentation saine.

Face à ces troubles qui provoquent de grandes souffrances, notre rôle de coach est de devenir une personne ressource, un conseiller.

Si les questionnaires que nous faisons passer à nos clients sont bien approfondis, nous pouvons facilement les aider à mettre des mots sur de possibles rapports affectifs ou problématiques à la nourriture. Si par exemple, vous posez des questions comme : « Vous arrive-t-il de manger entre les repas ? » ou « la faim détermine-t-elle la quantité de ce que vous mangez ? », ou que vous prêtez attention aux réponses du type : « quand je mange des chips, je ne sais pas m’arrêter », « je pense à la nourriture du matin jusqu’au soir », « je ne supporte plus l’idée de manger des plats que je n’ai pas préparés », « je suis obsédée par le fait de ne pas manger d’aliments sains », alors vous serez plus à l’écoute des problèmes comme les TCA. Vous pouvez également vous inspirer du questionnaire Scoff ci-dessous, ou de celui de l’association Autrement qui soutient les personnes souffrant de TCA : www.anorexie-et-boulimie.fr/testez-vous-6-questionnaires-de-bite-scoff.htm


Questionnaire SCOFF : 5 questions simples pour détecter un TCA

1- Vous êtes-vous déjà fait vomir parce que vous ne vous sentiez pas bien « l’estomac plein » ?
2- Craignez-vous d’avoir perdu le contrôle des quantités que vous mangez ?
3- Avez-vous récemment perdu plus de 6 kg en moins de trois mois ?
4- Pensez-vous que vous êtes trop gros(se) alors que les autres vous considèrent comme trop mince ?
5- Diriez-vous que la nourriture est quelque chose qui occupe une place dominante dans votre vie ?

Deux réponses positives ou plus à l’une de ces cinq questions révèlent un trouble et donc la nécessité de mettre en place un traitement adapté.


Si vous avez un doute sur la présence d’un de ces troubles chez un de vos clients, votre devoir est de mettre la personne concernée en contact avec un spécialiste qui l’aidera à trouver des solutions à cette souffrance majeure. En effet, même si votre programme sportif et vos conseils alimentaires sont les meilleurs du monde, ils ne résoudront pas cet obstacle infranchissable à la perte de poids. Rapprochez-vous par exemple d’un sophrologue qui apprend aux personnes à mieux gérer leurs émotions. Repérez autour de votre lieu d’exercice des psychologues spécialisés dans les thérapies comportementalistes (les TCC par exemple). Prenez contact avec eux pour les rencontrer, échanger avec eux, et repérer ceux et celles vers lesquels vous pourrez orienter vos clients. L’hypnose est aussi une très bonne technique pour venir en aide aux personnes souffrant de TCA : en moins de dix séances, le processus peut être endigué. La première étape est une identification des problèmes, l’étape suivante vise l’éradication des compulsions et des liens addictifs à la nourriture.

La boulimie est un trouble du comportement alimentaire qui se caractérise par l’ingestion compulsive de nourriture
en excès au cours de crises, suivies d’actions compensatoires (vomissement, laxatifs, hyperactivité sportive…).

Un autre facteur de prise de poids que nous devons identifier pour rendre nos bilans pertinents : la mauvaise gestion du stress.

Pour rappel, on définit le stress comme une réaction d’adaptation de l’organisme à une agression brusque, à une perturbation de l’équilibre mental et du bien-être. Il peut être bénéfique s’il est bien géré, mais la plupart du temps, même si les individus réagissent tous différemment face au stress, les effets en sont plutôt néfastes.

Les dernières recherches de l’Institut américain de médecine du sport ont montré que les personnes qui ne parviennent pas bien à gérer leur stress ont tendance à prendre du poids. Ce phénomène serait lié à un taux plus élevé qu’à la normale de cortisol. Il s’agit d’une hormone qui est produite par les glandes surrénales. En trop grande quantité, elle est directement liée à la prise de masse grasse, notamment autour de l’abdomen. Elle favorise également la rétention d’eau. La production de cette hormone est accrue en situation de stress.

Les sports « explosifs » comme l’indoor cycling, la boxe ou le body attack permettent de se défouler, d’évacuer une mauvaise humeur et de ressentir de la « bonne » fatigue. Ils ont un effet défouloir, certes, mais ils ne résolvent la problématique, la racine du stress. Seules les techniques de relaxation profonde peuvent avoir une incidence sur le système endocrinien. En effet, en apprenant aux individus à bien respirer, et à n’être connectés qu’à eux-mêmes et à leurs sensations, les bénéfices se manifestent assez rapidement. Mais attention, ne nous méprenons pas : un cours calé sur la musique, aussi zen soit-il, ne remplit pas toutes les conditions. Il faut que tous les paramètres soient réunis pour que la personne ne se centre que sur elle-même. Oubliez donc les séances où le coach reste sur son tapis et pratique personnellement. Les participants sont alors absorbés par le recopiage et moins attentifs à leurs propres sensations. La bonne pédagogie est de démontrer en cas de besoin, mais surtout de guider les gens de façon précise sur leur respiration, leurs sensations, de détailler les différents appuis, les divers placements, et d’ajuster leurs positions le cas échéant, mais pas trop non plus (s’il n’y a pas de danger), afin de ne pas perturber leur concentration. Quelques asanas sont particulièrement recommandées, par exemple supta baddha konasana (photo ci-dessous). Pensez à bien mettre un coussin sous la tête et à caler les cuisses avec des briques en cas de grosse raideur des hanches.

En revanche, là aussi, si vous n’êtes pas spécialiste de ces disciplines (yoga, taï-chi…) et que votre formation s’est limitée à quelques jours d’initiation à des produits seulement inspirés de ces techniques, sachez faire preuve d’humilité et orientez les personnes qui en ont besoin vers de vrais spécialistes.