Tout est une question de volonté !

Tout est une question de volonté !

La volonté est sans doute la qualité la plus présente et la plus primordiale dans l’exercice de notre profession. Sans volonté de s’entraîner, aucune méthode de remise en forme ne peut être envisagée. Car si nous sommes les promoteurs d’activités physiques qui ont pour objet la santé des individus, mais également de leur épanouissement, nous ne pourrons transmettre nos connaissances qu’à des pratiquants aptes à mobiliser leur énergie afin de mener à bien cette entreprise. Nous ne pouvons effectivement pas les contraindre à pratiquer telle ou telle activité. Nous ne cessons donc pas d’activer ce processus, qui semble encore si mystérieux, en mettant à la disposition de populations, du matériel, mais plus encore, notre expertise. Et si notre propre désir de donner le meilleur de nous-mêmes est quotidiennement éprouvé, c’est bien celui de nos pratiquants que nous ne cessons de stimuler en leur préconisant plus de régularité, plus d’engagement, et donc, plus de… volonté.

En 1969, René Lafon, un linguiste, définit ainsi la volonté : « C’est le pouvoir qu’a l’homme d’accomplir des mouvements et des actes en les contrôlant, c’est-à-dire en fonction d’une représentation consciente et d’une intention préalable de les accomplir. »

Si une suite logique nous permet donc de réaliser une action, cela consiste en :

  • Avoir un but à atteindre

Imaginons-nous un instant, pratiquant de CrossFit. Mon but à atteindre pourrait être, dans le cadre d’un format « for time », l’exécution d’un wod en un minimum de temps.

  • Savoir comment agir pour l’atteindre

Les skills (apprentissage de compétences) qui ont précédé le wod, mais également la somme des entraînements qui ont précédé cette séance, constitueraient les éléments me permettant de savoir comment agir pour atteindre mon objectif.

  • Avoir suffisamment de motivation pour agir

La motivation pour agir consisterait à déployer une énergie suffisante afin d’exécuter les exercices contenus dans le wod.

 

Le but à atteindre, même s’il est parfois évident, c’est le processus de prise en charge des pratiquants qui permettra de l’affiner et de l’objectiver. Faire l’anamnèse de notre client permet d’accéder à son histoire et, plus encore, de déterminer un profil précis dans l’ensemble de ses dimensions : physiologiques, psychiques et comportementales. Car, même s’il vient nous voir parce qu’il porte une raison qui lui semble importante, sa lecture est-elle vraiment juste ? Est-il guidé par de véritables besoins ou satisfait-il à des obligations sociales ?

Grâce à un questionnaire exhaustif, un bilan anatomique complet ainsi qu’une succession de tests permettant d’évaluer les capacités de celle ou de celui qui nous fait face, nous pouvons redonner au but à atteindre toute sa légitimité.

Un bilan complet et cohérent nous permet de confronter notre pratiquant à ses capacités. Car qu’il se sous-estime ou qu’il se considère comme capable de tout, le nouveau client arrive, fréquemment, avec un discours assez stéréotypé, construit à partir d’images simplistes que les médias véhiculent sur les corps fit et musclés. Ainsi, les objectifs qu’il manifeste ne correspondent parfois pas complètement aux résultats du protocole de prise en charge. C’est très souvent le cas dans les demandes de perte ou de gain de poids excessifs qui ne résistent pas aux mesures anthropométriques. Face à ces incohérences, nous serons des guides qui engagerons une formidable campagne d’objectivité, afin de redonner de la mesure à des clients qui déprécient leur corps à l’excès et dont l’impatience est telle qu’il faille les modérer.

Rationaliser les objectifs, c’est également minimiser le risque de l’échec. Se donner un but raisonnable, c’est laisser à l’apprentissage un temps suffisant pour qu’il puisse se faire dans des conditions respectant le physique et le mental de nos athlètes. La surcharge progressive avec un objectif atteignable, dans le développement de la force musculaire, est à cet égard, tout à fait emblématique d’un enseignement qui privilégie la bonne santé des pratiquants. Le coach est celui qui évite au pratiquant de courir après des chimères.

 

Savoir comment agir est donc la suite logique d’un bilan préalable qui a permis de distinguer les désirs et les besoins de notre client. Cela consiste à lui donner des moyens efficients de progression, afin qu’il puisse s’épanouir. Si la réussite d’un tel projet constitue la caractéristique des mieux formés d’entre nous, prendre ses participants pour des gens intelligents est un principe que le milieu du fitness au sens large pourrait s’approprier. En commençant, entre autres, par leur proposer des cours et des programmes dont le coach peut justifier chaque articulation. C’est donc en véritable stratège que l’entraîneur prépare ses séances. Ceci requiert du temps et, bien entendu, une connaissance suffisante des méthodes.

La compétence du coach et sa faculté d’adaptation sont donc un facteur essentiel de développement de la volonté, car aucun protocole ne peut se développer hors d’une réelle confiance entre celui qui entraîne et celui qui est entraîné.

 

La motivation est une énergie. Faut-il encore être capable d’y accéder.

Cette propension à nous bouger et à découvrir notre environnement est universelle. Il suffit de voir les petits enfants, qui ont une motivation sans failles pour grimper, ramper, courir et franchir tous les obstacles. Ce sont les conditionnements sociaux ainsi que l’absence de stimulation ou bien encore la prudence excessive de leurs éducateurs qui finiront par éteindre ce foyer d’énergie. Si cela dépend donc, avant tout, de l’histoire de notre pratiquant, il n’est jamais trop tard pour souffler sur les braises. Le coach peut, ainsi, devenir un véritable révélateur de ce trésor qui siège en chacun de nos athlètes. En effet, la considération dont nous aurons fait preuve, au cours de l’entretien préalable, va donner à notre client, un regain de confiance en lui-même qui le portera vers un plus grand investissement. En cherchant à mieux le connaître et en nous intéressant à son parcours, nous pouvons être l’articulation majeure d’un processus de reconstruction. À condition de ne pas lui proposer un entraînement inadapté, qui risque de le confronter à une succession d’échecs et d’annihiler sa motivation naissante, notre client peut s’engager dans un cycle vertueux de réussites, et donc de restauration de son image.

 

La volonté n’est pas un don « venu du ciel », et les « allez, allez » scandés dans les clubs ne peuvent suffire.

C’est un processus logique alimenté par la pertinence d’un coach, l’investissement d’un élève et la production d’une énergie.

Mais si cette articulation peut sembler presque idéale, elle peut avoir un effet délétère. En effet, le coach, s’il ne respecte pas les fluctuations de forme des individus en les incitant à finir leurs séances coûte que coûte, peut éloigner les pratiquants d’eux-mêmes. À partir de contenus trop rigides, l’athlète ne respecte plus ses sensations, risque de se blesser et déchiffre avec de plus en plus de difficultés les signaux que son propre corps produit.

Le coach doit savoir adapter ses contenus à ses élèves, et non pas l’inverse. C’est peut-être même la première qualité que requiert notre profession.

La volonté est donc une qualité très subtile et son absence, comme sa manifestation, dépend de nombreux paramètres.

« Si on veut, on peut », prétendent certains coachs, comme s’il suffisait de se donner vraiment les moyens, pour parvenir à un objectif. Effectivement, c’est une condition indispensable, et comme nous l’avons vu, sans agir pour atteindre un but, il ne sera jamais possible d’y accéder. Mais est-ce toujours possible ? Et surtout, nos pratiquants courent-ils vraiment après les bons objectifs ?

Un article rédigé par :
Raoul Cassard

Professeur de culture physique depuis 1987, préparateur physique, et master en sophrologie. Auteur du livre : "Pour un retour de l’éthique dans le monde du fitness". Créateur de "4-4 La méthode".