Un coach de qualité est-il forcément polyvalent ?

Un coach de qualité est-il forcément polyvalent ?

Quel coach n’a pas entendu au cours d’un entretien d’embauche ou de sélection pour accéder à une école de formation : «Vous savez, nous cherchons principalement des (futurs) coachs polyvalents.» ou bien encore : «La polyvalence est essentielle dans ce secteur, si vous ne savez pas un peu tout faire, comment voulez-vous travailler avec nous ?» Mais de quoi parle-t-on exactement ? D’être capable de passer du plateau à l’accueil du club indifféremment, et donc de l’apprentissage du squat à une visite des installations avec souplesse ? Ou bien, d’être capable de travailler sur de l’entraînement individuel et collectif avec à la clé la maîtrise de tous les concepts possibles et imaginables ? Ou enfin, à la manière d’un coach de CrossFit, s’agirait-il de pouvoir enseigner avec une qualité égale : des sauts, des courses, la callisthénie et la mobilisation de charges libres, entre autres… ?

Bien sûr la réalité des structures de remise en forme, de par leur taille et le peu de personnels présents à certaines heures, impose de pouvoir remplir des tâches qui, a priori, n’incombent pas directement aux coachs sportifs. Qui n’a pas répondu au téléphone ou bien «donner le coup de main » à l’accueil, les soirs de forte affluence ? Il s’agit donc, dans ce cas, de répondre avec réactivité à certaines exigences pratiques. Le coach privé ne procède-t-il pas lui-même à certaines formalités administratives au cours de ses rendez-vous, couplées aux actions commerciales qu’il doit mettre en place dans le but de développer sa clientèle ?

Mais si tout ceci semble bien légitime, à condition que le coach de plateau ne soit pas le grand sacrifié des clubs, comme je m’en étais fait écho dans le second numéro de Coachs Challenges, qu’en est-il de la diversité des domaines d’interventions sportives que requièrent les postes d’entraîneurs au sein des structures ? Car les intitulés des cours se sont multipliés ces dernières années.

Comme si un nouveau nom sur un planning permettait de passer pour un club innovant et, par conséquent, attractif. Pourtant derrière ces « nouveautés » se cachent la plupart du temps des techniques éprouvées en leur temps sous d’autres vocables. Mais comme on réinvente une mode en faisant du neuf avec du vieux, le fitness a créé des « concepts » à grand renfort de body et autres petits noms glamours. Pour le coach «polyvalent», il s’agit donc ici d’en donner un maximum, au risque de s’épuiser, et même si certains d’entre eux n’ont rien à voir en matière de qualité physique et de culture. Tout ceci contribuant à l’éreintement des coachs qui cumulent les blessures, offrant ainsi un exemple de ce qu’il n’est «pas recommandé » de faire à leurs pratiquants. Le sportsanté promu par des profs usés… quelle perspective !

Il fut un temps où les formations de professeurs se distinguaient de la façon suivante : d’une part, un brevet d’État de culture physique incluant toutes les techniques visant à améliorer la condition physique et la santé des pratiquants en encadrement individuel, mais également… en cours collectif. C’est-à-dire, la course, des éléments de gymnastique, des techniques de force avec charges additionnelles et bien sûr des exercices d’étirements et de renforcement. D’autre part, un brevet d’État incluait les activités dites « free style » ou d’activation, de type Hilow, LIA et Step.

Et je dois dire que même si c’était imparfait à bien des égards, j’y voyais un peu plus de clarté. Car ce ne sont pas forcément les qualités physiques qui déterminent notre identité de coach sportif. En effet, pourquoi s’interdirait-on de courir sous prétexte de faire de l’haltérophilie ? Ce n’est pas non plus le nombre de personnes assistant à nos cours, puisqu’il nous arrive fréquemment de tenir compte de problématiques individuelles au cours d’un entraînement collectif. C’est même la réalité pour tous les entraîneurs sportifs depuis toujours. C’est en fait la pédagogie que l’on applique qui déterminera prioritairement la voie que l’on souhaite emprunter.

Se satisfaire principalement du nombre de personnes présentes devant l’estrade et de leur apparente et audible satisfaction ne peut pas suffire. Seule la pédagogie verbale, qui consiste à donner des consignes et à passer parmi ses élèves afin de corriger leur posture, nous permet de viser l’excellence et donc de contribuer à leur plein épanouissement. Tout ceci appliqué, bien entendu, à des cours dont nous aurions nous-mêmes créé le contenu… Seulement mes confrères du free style ont «mis la main » sur les cours collectifs, leur imposant le sacrosaint rapport musique/mouvement, la pédagogie démonstrative, la « fluidité » chorégraphique et ceci y compris pour des disciplines qui ne l’imposaient absolument pas. Prétextant de l’absence d’amusement des cours traditionnels, comme si l’apprentissage était rébarbatif à un tel point qu’il faille l’oublier.

Alors, effectivement nous nous devons d’être des coachs polyvalents puisque plusieurs types de qualité physique contribuent à la pleine santé des êtres humains. C’est la fonctionnalité de l’entraînement. Cette diversité, qui est donc notre nature profonde, nous éloigne de la performance dans une société qui ne cesse de promouvoir les exploits des spécialistes. Pourtant, nous sommes les meilleurs garants d’une activité physique rationnelle et dosée avec mesure en tenant compte des caractéristiques de chacun.

Accéder à un équilibre de vie est une quête universelle dont nous sommes parmi les principaux artisans, c’est le projet d’un fitness éthique. Cet équilibre, nous ne pourrons le transmettre qu’au prix de notre propre exemplarité. Posons-nous donc régulièrement la question : «Dans quelle mesure ma pratique et mon enseignement satisfont-ils des besoins réels, non pas guidés par des conditionnements sociaux, mais portés par les perceptions intimes de mes besoins ? »

Cela peut sembler bien difficile, mais c’est pourtant une question dont on ne peut s’exonérer si nous souhaitons être en accord avec nous-mêmes. Dans ce cas, si nous sommes guidés par cette intention, nos choix de cours et de secteur d’intervention finiront par se faire très naturellement. À cette condition, notre force de conviction sera telle que nous trouverons un public convaincu par notre souci permanent du bien-faire.

La polyvalence pour « trouver des heures » si elle n’est pas portée par le souci quasi obsessionnel de l’intérêt de ses pratiquants s’avérera rapidement dénuée de sens.

Une polyvalence synonyme de diversité et de fonctionnalité pour s’inscrire dans la vraie vie, c’est un cadeau pour les autres comme pour nous-mêmes. C’est le choix d’une vie harmonieuse qui restaure la confiance et l’harmonie.