Un peu de courage !

Un peu de courage !

Un de mes confrères et ami m’a souvent dit : « Tu sais le culturisme est un sport qui ne supporte pas la médiocrité. » Il parlait en connaissance de cause puisqu’il avait lui-même arpenté de nombreuses scènes dans les années 1980, une période particulièrement faste pour la culture physique.

Effectivement, se présenter sur une scène, sans autres artifices qu’un maillot de bain, n’est pas une chose facile et si le développement ou les proportions musculaires ne sont pas bons, il y a de bonnes chances de voir ses illusions s’envoler, et, plus grave encore, son amour-propre. Pourtant, à mes yeux, le courage de se présenter à une compétition, quelle qu’elle soit, est bien supérieur à la critique à laquelle on s’expose. J’ai organisé de nombreux challenges dans les salles de fitness où j’exerce ainsi que des manifestations sportives plus importantes, sous tutelle fédérale. Dans tous les cas, je me rends compte du peu de gens qui osent y participer. La principale raison de cela n’est pas le manque de motivation ou l’absence de goût de l’effort ni même une aversion à la spécialisation par exemple, mais plus prosaïquement… la peur. Eh oui, la peur de perdre, la peur de ne pas être à la hauteur et précisément la peur d’être confronté à son niveau réel et non pas à celui que nous rêverions d’avoir.

L’immense golfeur, Tiger Woods, à qui on demandait : « Quel serait le conseil le plus important que vous pourriez donner à un jeune golfeur ? », répondit : « Je lui recommanderais d’apprendre à perdre. » C’est effectivement un conseil d’une grande pertinence. Car le plus important, est-ce de gagner ou plutôt de vivre après la défaite en la considérant pour ce qu’elle est : un instantané qu’il faut être capable d’accepter complètement, sans restriction. Dès lors, et seulement dans le cas d’un « oui » total face à ce qui est arrivé… vraiment, la défaite peut devenir un formidable outil d’apprentissage. En effet, nous pourrons objectivement analyser chacune des étapes de la compétition perdue et déterminer telle ou telle carence à corriger.

Mais la dissonance qui apparaît lorsque nous désirons quelque chose que nous ne parvenons pas à obtenir est, parfois, extrêmement tenace. Et trop souvent, après la défaite, les athlètes et parfois l’encadrement, face à leur inconfort, se racontent des petites histoires : c’est l’arbitre, l’état du terrain, ou bien encore une pseudo-blessure qui, bien entendu, a empêché la victoire. D’autres survaloriseront leurs adversaires ou les traiteront de dopés pour réduire cette dissonance si inconfortable.

Le milieu de la force dont nous sommes tous issus, puisqu’il est à l’origine de la remise en forme contemporaine, a fait de la confrontation à la charge lourde un « moment de vérité ». Elle tend à déterminer la bravoure de l’athlète qui lui fait face, et ceci hors du résultat final. Saluons donc l’audace et l’intention de nos athlètes en commençant par considérer leur attitude avant de parler de défaite ou de victoire. Nous avons tous été bercés par les propos de Pierre de Coubertin à propos de l’olympisme et de la « participation » que je souhaite restaurer ici, tant ils ont été déformés… : « Le plus important aux Jeux olympiques n’est pas de gagner, mais de participer, car l’important dans la vie ce n’est point le triomphe, mais le combat ; l’essentiel, ce n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu. » Eh bien, j’y souscris totalement, car si la victoire est un but, elle n’est qu’une heureuse conséquence d’un long chemin dont chaque étape n’a pu être parcourue qu’à la seule condition d’oublier l’importance de l’enjeu. C’est parce qu’on met en place une technique efficiente portée par une volonté sans failles qu’on parvient à soulever une charge, jamais en se posant la question de l’échec ou de la réussite.

Je dis souvent pour plaisanter que les salles de fitness sont les « royaumes de la mythomanie sportive », en effet, qui n’a pas prétendu avoir soulevé « un jour » 150 kg au développé couché ou couru « un » marathon en trois heures et demie ? Vous imaginez donc combien il est difficile pour certains de se regarder dans le miroir de la réalité de leurs performances… C’est pour toutes ces raisons que j’ai un respect infini pour le courage de tous les compétiteurs, mais également pour ceux qui souhaitent pratiquer un sport sans compétition. Car, finalement, et dans les deux cas, ce sont des pratiquants qui font face à leurs choix. Les uns n’aiment pas ce que le sport induit de rivalités et ne s’inscrivent pas dans une quête de performance pendant que les autres font face à leur propre histoire sportive sans en omettre aucune des lumières ni des ombres. Quant à ceux qui préfèrent rêver, je leur souhaite beaucoup de titres, de performances et de muscles… dans leur tête bien sûr.