Notre époque est marquée par les difficultés grandissantes que rencontre la population pour assurer sa descendance. Beaucoup de variables sont responsables de ces difficultés. Certaines sont réversibles, d’autres non. Pour certains c’est un choix, pour d’autres une souffrance. Dans cet article, nous allons étudier les différents troubles de la fertilité et leurs causes, ainsi que l’impact du sport à ce sujet.
La conception d’un embryon
Aux alentours du 14 e jour du cycle (la fenêtre de fertilité se situe entre J10 et J16 environ), l’ovaire droit ou gauche libère un ovocyte qui va être rapidement capté par la trompe utérine. Lors d’un rapport sexuel, le sperme est déposé au fond du vagin et les spermatozoïdes commencent leur voyage à travers le col puis le corps de l’utérus jusqu’aux trompes utérines. Les spermatozoïdes
peuvent vivre pendant 3 à 5 jours dans l’utérus, cela signifie qu’un rapport sexuel peut être fécondant même s’il a eu lieu plusieurs jours avant l’ovulation. C’est dans les trompes que se produit la rencontre entre le spermatozoïde et l’ovocyte, cela se nomme la fécondation. La cellule ainsi formée commence à se diviser et se dirige vers l’utérus pour s’y implanter vers le 7 e voire 10 e jour suivant la fécondation, c’est la nidation. L’embryon va évoluer jusqu’à devenir un fœtus puis, après la naissance, un nouveau- né.
La grossesse dure environ 9 mois, correspondant à 39 semaines. Si on compte en semaines d’aménorrhée (SA), la grossesse dure 41 SA. En général, on compte en semaines d’aménorrhée car la date du premier jour des dernières règles est plus facilement identifiable que la date d’ovulation.
Troubles de la fertilité
L’infertilité est définie comme une absence de grossesse malgré des rapports sexuels réguliers non protégés depuis au moins 12 mois. Le mot « infertilité » suppose une notion d’irrémédiabilité qui est très mal vécue pour les couples dans cette situation, il peut être préférable d’utiliser l’expression « troubles de fertilité ».
Cette difficulté à concevoir un enfant concerne 15 à 25% des couples. Les causes sont d’origine masculine (30%), féminine (30%), mixte (c’est-à-dire l’homme et la femme, 30%) ou inexpliquée (10%).
Les causes féminines
Les deux pathologies les plus fréquentes et plus souvent pourvoyeuses de troubles de la fertilité sont le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et l’endométriose, elles touchent 10% de la population chacune. Le SOPK provoque des troubles de l’ovulation qui peut être tardive, donc l’ovocyte produit sera possiblement de mauvaise qualité, ou absente. Concernant l’endométriose, l’inflammation du petit bassin provoquée par les lésions endométriosiques peut aussi perturber l’ovulation, voire s’avérer défavorable à la fécondation et l’implantation de l’embryon dans l’utérus.
L’insuffisance ovarienne est une autre cause d’infertilité. Cela signifie que le stock d’ovocytes est épuisé, il n’est plus possible d’avoir un enfant « biologique ». Elle représente la première cause d’infertilité chez la femme de plus de 35 ans. Elle est, en général, due au recul de l’âge du premier enfant qui est passé de 24 ans en 1974 à 30,8 ans en 2020. Par ailleurs, l’insuffisance ovarienne prématurée touche 2 à 4% des femmes en âge de procréer et s’apparente à une ménopause précoce (avant 40 ans). Cette deuxième cause peut être d’origine génétique et/ou environnementale, on observe une augmentation des pubertés précoces (âge des premières règles vers 9-10 ans), qui pourrait se poursuivre par une arrivée de la ménopause plus tôt que prévu.
Des malformations génitales ou des séquelles d’infection peuvent aussi compromettre la fertilité. Une sténose des trompes utérine suite à une infection (la trompe est « bouchée ») ne permet pas la rencontre entre le spermatozoïde et l’ovocyte. Par ailleurs, certaines malformations ou pathologies de l’utérus (utérus bicorne, didelphe, cloisonné, des polypes, fibromes) vont perturber la fonction de l’organe.
Les troubles du fonctionnement de la thyroïde peuvent perturber la fertilité. En effet, une hypothyroïdie peut être responsable de troubles de l’ovulation, voire de fausses-couches à répétition.
Les causes masculines
Chez l’homme, les troubles de la fertilité sont liés à des anomalies de la spermatogénèse, c’est-à- dire la fabrication de spermatozoïdes. Des malformations peuvent être à l’origine d’un mauvais fonctionnement du système reproducteur masculin comme la varicocèle qui est une varice des veines à l’intérieur du testicule provoquant une élévation de la température locale, ou bien la cryptorchidie qui est un trouble de la migration du testicule (il n’est pas descendu dans le scrotum, il est resté dans le bassin) ayant pour conséquence une non production de spermatozoïdes à cause d’une température trop élevée du testicule.
En effet, le testicule est situé à l’extérieur du corps car la spermatogénèse ne peut se faire qu’à une température de 35°C. Un simple épisode de fièvre peut donc altérer ponctuellement la fertilité.
Des traumatismes comme la torsion testiculaire ou un traumatisme direct, des infections sexuellement transmissibles comme l’infection à chlamydia, ou des séquelles de traitement de chimiothérapie ou radiothérapie (les cancers des testicules sont en augmentation de 1,5% par an en France) peuvent altérer la fonction des testicules.
Toutes ces pathologies se traduiront par un spermogramme de mauvaise qualité, le nombre de spermatozoïdes sera diminué (oligospermie) voire nul (azoospermie), leur morphologie et leur mobilité seront altérées. Globalement, on observe une baisse de la qualité du sperme dans les pays industrialisés depuis 60 ans, la concentration en spermatozoïdes lors d’une éjaculation a baissé de 32% en 17 ans (de 1989 à 2005).
Dans certains cas, les troubles de fertilité sont liés à
des dysfonctions sexuelles comme des troubles de l’érection et éjaculation pouvant être d’origine psychogène ou organique.
Les causes communes aux deux sexes
Les facteurs environnementaux tels que le tabac, l’exposition à des foyers de chaleur permanente, à des métaux lourds ou à des perturbateurs endocriniens sont maintenant reconnus comme causes avérées des troubles de la fertilité. En effet, le tabac provoque un stress oxydatif au niveau des cellules favorisant un vieillissement et une mort cellulaire prématurés des gamètes (ovocyte et spermatozoïde) et la fumée du tabac contiendrait des perturbateurs endocriniens.
Ces deux éléments seraient responsables d’une modification des sécrétions hormonales (induisant une moins bonne spermatogénèse et ovogénèse), d’une baisse de la qualité du sperme (principalement une oligospermie), d’une diminution de la réserve ovarienne avec ménopause avancée de 2 ans chez la fumeuse, d’une augmentation avérée du risque de grossesse extra-utérine et de fausse couche, ou encore d’un défaut d’implantation de l’embryon dans la muqueuse utérine.
Des facteurs psychiques peuvent altérer la reproduction. Des études récentes montrent qu’un niveau élevé de stress engendre une altération de production des hormones responsables de de l’ovulation (LH et FSH).
Le poids a aussi un rôle important à jouer dans ces mécanismes. Un indice de masse corporelle (IMC) trop élevé ou trop faible est corrélé à une baisse de fertilité d’un couple.
Impact du sport
Les études montrent qu’en fonction de la pratique sportive, de l’intensité et du type de pratique (compétition ou amateur), le sport pourra être soit bénéfique, soit délétère sur la fonction reproductive. Il est fréquent d’entendre que le sport en compétition entraine des aménorrhées, mais est-ce réellement lié à la pratique sportive ? Ou encore quel rôle va jouer la compétition sur notre niveau de stress et, par conséquent, quel impact sur notre fertilité ? A l’inverse, quelle pratique sportive et à quelle fréquence seront bénéfiques pour nos gamètes ?
On pense, à tort, que c’est l’intensité de la pratique sportive qui serait la cause des troubles du cycle chez la femme sportive. En réalité, ce sont les facteurs nutritionnels qui sont à pointer du doigt : un déficit nutritionnel global (et surtout en apports lipidiques) par rapport aux dépenses énergétiques entraine une cascade de dérèglements hormonaux. En effet, le déficit énergétique chronique induit un pourcentage de masse grasse faible comparé à la masse maigre. Cependant, les adipocytes (cellules graisseuses) produisent de la leptine, et des récepteurs à cette hormone sont présents au niveau de l’hypothalamus (sécrétant la LH et la FSH) et de l’ovaire (sécrétant l’œstrogène et la progestérone).
Si la concentration sanguine en leptine est faible, les sécrétions hormonales permettant un cycle normal seront altérées. Et la sportive pourra présenter des troubles du cycle comme des cycles courts (inférieurs à 21-24 jours), longs (supérieurs à 35 jours), voire une aménorrhée (absence de règles depuis plus de 3 mois). Ces dérèglements vont perturber la fertilité mais auront aussi des effets d’ordre plus général comme un retard pubertaire (apparition tardive des règles), ou bien une perte osseuse similaire à celle de la femme ménopausée pouvant aller jusqu’à l’ostéoporose et se traduisant par un risque accru de fracture de fatigue.
Concernant le stress, ses effets sur la fécondité (capacité à procréer) ont été étudiés. Des situations stressantes provoquent une augmentation des taux de cortisol sanguin, cela court-circuite le fonctionnement classique de hypothalamus (production de GnRH) et de l’hypophyse (LH et FSH) qui sont indispensables au bon fonctionnement ovarien. Par conséquent, des aménorrhées et des troubles de l’ovulation causés par le stress sont possibles. De plus, la réponse du corps face à un stress est l’activation du système nerveux sympathique et la production d’adrénaline qui vont conduire à une constriction des vaisseaux sanguins des organes non vitaux, ici l’artère utérine, qui va induire une moins bonne fonction de l’organe et pourrait réduire la réceptivité utérine à un traitement en vue d’une assistance médicale à la procréation, par exemple. Un.e sportif.ve en compétition qui est bien suivi.e par son entraineur et dont les niveaux de stress sont bien accompagnées par l’équipe soignante ne devrait pas avoir de troubles de ce genre. Encore faut-il être bien accompagné.e…
A propos des points positifs, le sport permet d’équilibrer les sécrétions hormonales entre les hormones du stress et du bien-être en augmentant la sécrétion d’hormones du bien-être (comme l’endorphine). Il y aura donc des bienfaits psychologiques comme l’estime de soi et la quiétude ou la sérénité qui sont importants dans la confiance que la personne a en elle de pouvoir concevoir un enfant.
Le sport permet de réduire la masse grasse et diminuer d’éventuels troubles du cycle qui y serait liés (mais attention une insuffisance en masse grasse est aussi contre-productive).
De surcroit, certains sports pourraient favoriser la fertilité. Une étude de Harvard de 2013 a montré que les sportifs pratiquant minimum 7 heures de sport par semaine avaient 48% de spermatozoïdes en plus dans un échantillon de sperme par rapport à une population pratiquant moins d’1 heure par semaine. Cette étude a été réalisée sur 139 personnes, il est donc difficile de transposer les résultats à grande échelle, de plus, d’autres études montrent qu’il peut être néfaste de pratiquer trop de sport. Les sports à l’honneur étaient l’haltérophilie et les exercices de musculation grâce à une augmentation naturelle de production de la testostérone, et toutes les activités de plein air (même le jardinage !) grâce à une augmentation des taux de vitamine D par l’intermédiaire des rayons du soleil.
Par ailleurs, des sports comme le yoga peuvent être de précieux alliés pour stimuler la fertilité et accompagner, quand cela est nécessaire, un protocole d’assistance médicale à la procréation. Une étude française de 2013 sur 348 couples en parcours PMA pratiquant du yoga de la fertilité (les postures sont orientées dans l’amélioration des fonctions du corps pour favoriser la fertilité) associé à une « détox » de facteurs toxiques pendant 3 mois avant fécondation in vitro a donné 30% de chances de grossesses en plus. Et selon une étude de 2017, la pratique bi- hebdomadaire du yoga pendant 3 mois avant fécondation in vitro permet d’augmenter de 20% les chances de succès.
Pour finir, l’idéal est de pratiquer une activité physique « pour se faire du bien », ni trop, ni trop peu. Et surtout, en fonction de ses envies. Il est aussi primordial d’avoir une alimentation équilibrée (en qualité, c’est-à-dire les apports en glucides, lipides et protides, et en quantité), une bonne hydratation (1,5 litres par jour à augmenter en fonction de l’activité physique et du climat) et de faire attention à son environnement. En effet, les perturbateurs endocriniens sont présents dans une grande majorité de nos produits du quotidien (cosmétiques, parfums d’ambiance, plastiques divers, produits neufs…). Par conséquent, il faut aérer son logement au moins 10 minutes tous les jours, ne pas réchauffer ses plats dans des contenants en plastique, regarder la composition des cosmétiques (en utilisant l’application INCI par exemple), etc… Il est possible de modifier doucement nos comportements afin d’évoluer vers un mode de vie plus sain et serein.
Bibliographie
– Dossiers de l’INSERM « Infertilité » : https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/infertilite
– Médecine du sport, pour le praticien, D. Rivière et coll, 6 e édition, Elsevier Masson, 2020
– https://www.santelog.com/actualites/fertilite-masculine-1-heure-de-sport-par-jour-augmente-de-50-la-concentration-du- sperme
– Infertilité féminine, la part du stress, AD CLERMONT, dans Fertilité féminine, L’ostéopathe magazine, n°34 novembre 2017
– Can yoga affect IVF outcomes ?, P. Nayar & all, 2017
– https://www.fertilityyoga.com/fertility-yoga
